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Washington, Londres et Paris bombardent la syrie

L’Occident joue avec le feu

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le 15.04.18 | 12h00 Réagissez

 
	Le ministre russe des Affaires étrangères a soutenu que l’attaque avait pour but de saborder le processus de paix en Syrie l Les Etats-Unis sont «prêts à dégainer» encore une fois en cas de nouvelle attaque chimique en Syrie.
Le ministre russe des Affaires étrangères a soutenu que...

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont mené, dans la nuit de vendredi à samedi, une centaine de frappes contre la Syrie sans mandat des Nations unies, prenant ainsi le risque de donner encore du grain à moudre aux tenants de l’islamisme radical dans le monde arabe.

Aussi l’attaque a-t-elle suscité un vent de réprobation à travers le monde. Pour de nombreux pays et ONG internationales de défense des droits de l’homme, il s’agit de «frappes illégales». Les Occidentaux se sont, quant à eux, serré les coudes et ont soutenu le raid antisyrien. 

Le président américain, Donald Trump, a soutenu vendredi soir que l’opération militaire était destinée à «punir» Damas, qu’il accuse, sans néanmoins en fournir la preuve, d’avoir attaqué la semaine dernière des civils à l’arme chimique.

Une attaque qui aurait fait «jusqu’à 75 morts» dans la ville rebelle de Douma samedi 7 avril. Donald Trump s’est juste contenté de dire que les Etats-Unis avaient la preuve que des armes chimiques avaient été utilisées.

Les Russes et les Syriens parlent quant à eux de «mise en scène». Les frappes occidentales contre la Syrie ont été menées alors qu’une équipe de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) se trouvait justement à Damas pour faire la lumière sur l’attaque chimique présumée.

Le locataire de la Maison-Blanche a encore promis sur un ton menaçant que l’opération durerait «aussi longtemps qu’il le faudra» et mis en garde l’Iran et la Russie contre leurs liens avec la Syrie. Donald Trump a exhorté, par ailleurs, Moscou «à quitter la voie sinistre du soutien à Al Assad», affirmant que la Russie «a trahi ses promesses» sur l’élimination des armes chimiques. Il a estimé que le sort du régime est entre les mains des Syriens.

De Londres, la Première ministre britannique, Theresa May, a soutenu qu’il n’y avait «pas d’alternative à l’usage de la force pour dégrader et empêcher le recours à des armes chimiques par le régime syrien». «C’est un message clair» contre l’usage des armes chimiques, a-t-elle soutenu.

De son côté, le président français, Emmanuel Macron, a justifié le raid contre la Syrie par son refus de «tolérer la banalisation de l’emploi d’armes chimiques».

Les Occidentaux se serrent les coudes

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les frappes occidentales ont visé des bases militaires et des centres de recherche scientifique dans et autour de la capitale syrienne Damas. Un responsable américain, s’exprimant sous couvert de l’anonymat, affirmé que des avions de combat avaient participé aux frappes.

Le ministère britannique de la Défense a confirmé aussi avoir frappé un «complexe militaire» près de Homs, à l’ouest de la Syrie. «La contribution britannique à l’action coordonnée a été réalisée par quatre avions de chasse Tornado GR4 de la Royal Air Force», a précisé le ministère dans un communiqué.

La même source a souligné que l’attaque avait pour but également de détruire «ce qui reste de l’arsenal chimique syrien». Tout comme Israël, le Canada et l’Allemagne, la Turquie a qualifié les frappes occidentales visant le régime syrien de «réaction appropriée» et «nécessaire».

Aussitôt l’attaque lancée, Damas a dénoncé une «agression américaine barbare et brutale (…) en coopération avec la France et la Grande-Bretagne», estimant qu’elle était «vouée à l’échec». «L’agression tripartite contre la Syrie est une violation flagrante du droit international (...). Elle vise à entraver l’enquête de l’OIAC, mais elle sera vouée à l’échec», a rapporté l’agence officielle Sana.

Les Russes scandalisés

De son côté, le Kremlin a dénoncé «avec la plus grande fermeté» ces frappes. «La Russie dénonce avec la plus grande fermeté l’attaque sur la Syrie, où des militaires russes aident le gouvernement légitime à lutter contre le terrorisme», a indiqué le Kremlin dans un communiqué.

Le ministre russe des Affaires étrangères a soutenu dans la foulée que l’attaque avait pour but de saborder le processus de paix en Syrie. «Un coup a été porté contre la capitale d’un Etat souverain qui a tenté, pendant de nombreuses années, de survivre au milieu d’une agression terroriste», a écrit sur Facebook la porte-parole du ministère, Maria Zakharova. Elle a ajouté que les frappes en question interviennent «au moment où elle avait une chance d’avoir un avenir pacifique».

L’ambassadeur de Russie à Washington, Anatoli Antonov, a, quant à lui, averti que l’opération militaire contre la Syrie revient à «insulter le président russe», un acte qui sera suivi de conséquences.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, dont le pays est allié à la Syrie, a déclaré pour sa part que «les Etats-Unis et leurs alliés, sans aucune preuve et avant même une prise de position de l’OIAC, ont menée cette action militaire (...) contre la Syrie», ajoutant qu’ils «sont responsables des conséquences régionales de cette action aventuriste».

«Cette agression vise à compenser l’échec des terroristes» dans la Ghouta orientale, qui vient d’être reprise par l’armée syrienne et ses alliés, ajoute le texte qui dénonce une «violation claire des règles et des lois internationales», a poursuivi le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

Les calculs américains

Comme pour minimiser l’impact du raid occidental sur le terrain, le ministère russe de la Défense a néanmoins annoncé qu’aucune des frappes occidentales n’avait atteint les abords des bases aérienne et navale russes sur le territoire syrien, précisant que les Etats-Unis et leurs alliés ont tiré plus de 100 missiles sur la Syrie et qu’«un nombre significatif (71, ndlr)» d’entre eux avait été intercepté par les forces syriennes. Il a ajouté qu’aucune victime n’était à déplorer.

Cela peut vouloir dire aussi que les Occidentaux ont choisi une «riposte» mesurée pour limiter au minimum le risque d’escalade internationale.

Le constat amène d’ailleurs de nombreux spécialistes à soutenir l’idée que les Occidentaux ont beaucoup plus cherché à travers leur action militaire à restaurer leur «autorité» et leur «crédibilité» au Proche-Orient, une région où ils avaient perdu pied. «Etant donné les lignes rouges tracées par Donald Trump et Emmanuel Macron, l’attaque limitée était essentielle pour ne pas perdre la face», indique un spécialiste qui pense que «les Occidentaux vont maintenant s’appuyer sur cette crédibilité restaurée pour essayer de revenir dans le jeu régional».

Autrement dit, les Occidentaux ont pris le risque d’une déflagration régionale pour retrouver la possibilité d’avoir leur mot à dire quant à la recherche d’une solution au conflit syrien que Moscou,

Téhéran et Damas ont remporté sur le terrain. Une solution qui intègre, comme on peut s’en douter, l’équation israélienne (lire notre entretien en page 10). Mais dans tous les cas, les Occidentaux ont joué avec le feu dans une région qu’un rien peut transformer en brasier.
 

Vive condamnation de la communauté internationale

L’agression contre la Syrie menée par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, tôt hier matin, a suscité une vive condamnation au sein de la communauté internationale, à travers les réactions de plusieurs organisations, Etats et des acteurs politiques dans le monde, qui ont été unanimes à dénoncer une «agression» contre un Etat souverain. Réagissant juste après le début des frappes, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé au respect de la «légalité internationale».

«J’ai suivi de près les rapports faisant état de frappes aériennes en Syrie menées par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni. Il y a une obligation, notamment lorsqu’il s’agit de paix et de sécurité, d’agir conformément à la Charte des Nations unies et au droit international en général», a indiqué M. Guterres dans une déclaration publiée par l’ONU.

La Chine s’est également opposée catégoriquement à cette intervention militaire contre la Syrie, rappelant son «opposition à l’usage de la force dans les relations internationales», avant d’inviter les Américains et leurs alliés à un retour «dans le cadre du droit international» et à une «solution politique» au conflit syrien.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, n’a pas approuvé, lui aussi, cette escalade militaire contre la Syrie. Dans une déclaration écrite, il a rappelé que la «Syrie a désespérément besoin d’un cessez-le-feu durable, respecté par toutes les parties, et qui ouvre la voie à une solution politique négociée dans le cadre du processus de Genève».

L’Algérie, par la voix du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a regretté «ces frappes qui se sont déroulées cette nuit en Syrie au moment où toute la communauté internationale attendait plutôt l’envoi d’une commission d’enquête pour évaluer ou vérifier toutes ces informations relatives à l’usage (présumé) des armes chimiques que l’Algérie avait dénoncé».

Escalade irresponsable

L’Irak, par le biais du ministère des Affaires étrangères, a considéré aussi que «les frappes occidentales en Syrie offrent au terrorisme une opportunité de se développer après avoir été détruit en Irak et largement repoussé en Syrie».

Ces frappes sont un développement «très dangereux» dont les «conséquences menacent la sécurité et la stabilité de la région», a prévenu dans un communiqué le porte-parole du ministère irakien, Ahmed Mahjoub. Plusieurs hommes politiques occidentaux ont également tenu à se démarquer de la position officielle de leurs Etats et dénoncer cette agression militaire contre la Syrie.

Réagissant à travers leurs comptes Twitter ou des chaînes d’information, ces personnalités ont jugé ces frappes, survenues à la veille du déplacement en Syrie d’une équipe d’enquêteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), de «violation du droit international».

Le leader de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, a constaté dans un tweet que «les frappes contre la Syrie se font sans preuve, sans mandat de l’ONU et contre elle, sans accord européen et sans vote du Parlement français.

Et cela sans aucune perspective politique en Syrie», les qualifiant d’«aventure de revanche» nord-américaine, et d’«escalade irresponsable».

Pour lui, la France «mérite mieux que ce rôle», soulignant qu’elle doit être «la force de l’ordre international et de la paix».

Pour sa part, la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, a déclaré que ces frappes contre la Syrie engagent la France dans une voie aux «conséquences imprévisibles» et «potentiellement dramatiques». La réaction de François Asselineau, président de l’Union populaire républicaine (UPR), a été la plus virulente, évoquant une décision «solitaire et illégale» d’Emmanuel Macron de frapper militairement la Syrie. «Je demande aux parlementaires d’engager la destitution du président de la République, selon l’article 68 de la Constitution», a-t-il plaidé.

L’ire des sociétés civiles

Aux Etats-Unis, la décision de Trump d’agresser la Syrie a été désapprouvée par certaines figures de la classe politique. Le sénateur démocrate Tim Kaine a considéré cette action en Syrie comme étant «imprudente et illégale», relevant que le recours aux «frappes aériennes contre le gouvernement syrien sans l’approbation du Congrès est illégale».

Par ailleurs, des leaders de partis politiques espagnols (Parti socialiste, Podemos, Gauche unie) n’ont pas adhéré à la position officielle de leur gouvernement. Ils ont condamné l’agression militaire contre la Syrie, appelant à respecter la légalité internationale et des résolutions des Nations unies à propos du conflit syrien.

Idem pour la classe politique britannique qui a vivement critiqué l’implication du Royaume-Uni dans l’opération militaire contre la Syrie sans avoir consulté au préalable les députés.

Les partis de l’opposition, notamment le Labour Party, le Parti libéral-démocrate et le Parti nationaliste écossais, ont dénoncé le fait que la Première ministre britannique, Theresa May, a impliqué les forces du Royaume-Uni dans les bombardements contre la Syrie sans soumettre sa décision au Parlement. R. I.

Zine Cherfaoui
 
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