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Iran : Quelques clés pour comprendre l’élection présidentielle

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le 19.05.17 | 12h00 Réagissez

 
	Bien que critiqué en interne, Hassan Rohani a des chances d’être réélu
Bien que critiqué en interne, Hassan Rohani a des chances...


Les Iraniens sont appelés à élire aujourd’hui leur nouveau président de la République. Six candidats, dont l’actuel président Mohamed Rohani, sont en lice. Ce dernier a des chances de succéder à lui-même. Décryptage.

- Qui sont les candidats ?

Hassan Rohani, l’actuel président (réformateur) âgé de 68 ans, est surnommé le «cheikh de la diplomatie». Grand partisan de l’accord sur le nucléaire iranien, il est en revanche critiqué en interne. Les Iraniens lui reprochent d’avoir été «berné» par les Occidentaux. Ses relations avec le guide suprême Khamenei n’ont pas été toujours au beau fixe. Il n’a pas permis à l’Iran de réintégrer l’économie mondiale.

Ibrahim Raissi, religieux populaire (57 ans). Il a fait sa carrière dans le domaine de la justice et est considéré comme un conservateur proche de Khamenei. Ibrahim Raissi était proche avant de l’imam Khomeiny qui l’avait nommé à de hauts postes de responsabilité. Il est pressenti pour remplacer le guide suprême. Il veut lutter contre la pauvreté. Ses chances de gagner restent minimes.

Mohamed Baker Galibaf (58 ans), actuel maire de Téhéran et conservateur. Il a déjà perdu les élections en 2005 et en 2013. Il veut créer 5 millions d’emplois et doubler le salaire des Iraniens.

Isaak Jahanghari, c’est l’actuel adjoint de Rohani . Sa candidature est une surprise. Néanmoins, il pourrait remplacer Rohani si celui-ci se retire à la dernière minute pour quelques raisons que ce soient.

Mustapha Mir Salim (69 ans), il est de Téhéran, a étudié à l’université de Poitiers en France, Il se positionne au milieu. Ni réformateur ni conservateur. Il a occupé le poste de ministre de la Culture entre 1993 et 1997. Ses chances sont faibles.

Mustapha Hachemi Tabah, réformateur, il a été ministre de l’Industrie et président de la Commission olympique iranienne au temps de Rafsandjani. Il est de Téhéran. A noter que la commission électorale a écarté l’ancien président Mahmoud Ahmadi Najad de la course. Le guide suprême a refusé sa candidature sous prétexte qu’il n’était pas l’homme de la situation.

- Qui sont les principaux courants ?

Il existe 3 courants principaux : les conservateurs, les réformistes et les modérés. Les conservateurs : Ils se réclament de la révolution iranienne et appliquent ses principes. Ils sont proches du Vela Yati Fakih. (L’autorité religieuse suprême). Ce courant est représenté par un ensemble de partis politiques classés idéologiquement à droite. Ils défendent l’économie de bazar entretenue par de grands marchands et négociants de Téhéran et qui soutiennent financièrement ces partis. Ils favorisent l’économie libérale Ils ont eu comme président, l’influent Hachemi Rafsandjani.

Les Réformateurs : ce sont en général des partis qui représentaient la gauche lors de la révolution iranienne. Ils étaient très influents au début de la révolution islamique et ont occupé des postes importants au sein du gouvernement. Ce courant a réussi à porter Mohamed Khatami à la présidence en 1997. C’est à la suite de la victoire de Khatami que ce courant s’est fait appeler «réformateur». Il représente environ 50 partis politiques.

Les Modérés : ce courant est apparu peu avant 2005. Sa figure de proue est Hachemi Rafsandjani. Il s’est vu tellement très influent au sein de la société iranienne qu’il s’est présenté sous l’étiquette des Modérés. Son but était de ratisser large. Son discours, qui consistait à dire que l’époque de la violence et de l’extrémisme politique et religieux est passée, lui a permis d’attirer des foules de votants de tous bords. Néanmoins, il perdit l’élection face à Ahmadi Najdad.

- Quel impact sur la politique étrangère ?

Il ne faut pas s’attendre à un changement notable dans la politique étrangère iranienne. Celle-ci est du ressort du guide suprême Ali Khamenei. C’est lui qui fixe les grandes lignes de cette politique. Il suit personnellement les dossiers «chauds» comme celui de la Syrie, de l’Irak, du Liban, des USA et de l’Arabie Saoudite. Peu importe qui sera élu président, il se contentera d’appliquer ses orientations.

Peu importe le nom du vainqueur, l’Iran va continuer dans la voie de la «militarisation» de sa politique étrangère pour faire face à la politique de Donald Trump. Le prochain président montrera peut-être un visage d’ouverture et tendra la main à l’Occident, mais en réalité, en interne, seul le chef suprême décidera du comportement à adopter vis-à-vis des dossiers internationaux. Connu pour son conservatisme, voire même sa violence politique, Khamenei restera le seul maître du jeu à l’international. Néanmoins malade (il souffre d’un cancer du foi), sa succession se joue en coulisses.

- Vis-à-vis de la Syrie : aucun changement n’est attendu vis-à-vis du dossier syrien. L’Iran a engagé des milliers d’hommes et des milliards de dollars pour la survie du régime de Bachar. Il n’est pas sûr que l’Iran veuille changer sa stratégie en Syrie. Pire, les changements démographiques que l’on voit s’opérer dans le pays (expulsion des sunnites des abords de Damas et des grandes villes prospères et leur remplacement par des populations chiites) montrent bien que l’Iran est partie pour rester longtemps.

L’Iran risque de mettre encore plus de moyens militaires et humains pour remporter la bataille finale. Téhéran veut sauvegarder son croissant chiite. C’est une question stratégique, voire même l’élargir à la Jordanie dont les relations sont devenues exécrables ces derniers temps. Par ailleurs, Téhéran lorgne aussi sur la Méditerranée et la Syrie constitue pour elle le meilleur accès.

- Vis-à-vis de l’Irak : l’influence politique du régime iranien est tellement importante que Khamenei cherchera à l’approfondir.
L’Iran dispose d’un instrument d’influence dans ce pays que sont les milices chiites. Plusieurs d’entre elles (pour ne pas dire la majorité) obéissent à Khamenei et non pas à Sistani ou à Moqtada Sadr, pourtant Irakiens.

Certains chefs de milice ont même avoué que si d’aventure une guerre éclatait entre les deux pays, ils se rangeraient du côté iranien.
L’Iran n’est pas trop intéressé par le pétrole irakien. Elle en a. Mais par la pression qu’elle peut exercer depuis le sol de ce pays sur son ennemi direct, l’Arabie Saoudite où vit une communauté chiite importante. Elle veut aussi avoir un accès direct sur la Syrie. Téhéran utilise les villes saintes de (Najaf et Karbala) ou dorment de nombreux imams chiites pour imposer sa mainmise sur l’Irak.

D’ailleurs, la démographie de cette ville est en train de changer subrepticement. Des milliers d’Iraniens y vivent. Sur le plan économique, ces villes engendrent des milliards de dollars grâce aux touristes cultuels. C’est l’Iran qui dirige indirectement l’Irak par le truchement d’un gouvernement qu’elle a choisi ou du moins accepté. Maliki et Haider Abadi ne sont que les bras politiques de l’Iran en Irak.

- Vis-à-vis du Liban : comme l’Irak, le Liban est un pion important dans la stratégie iranienne. Mais les relations se sont un peu détériorées ces derniers mois avec le Hezbollah. L’Iran ne donne plus autant d’argent qu’avant depuis que le parti de Dieu refuse de jouer les trouble-fêtes à l’intérieur même du Liban. Hassan Nasralah a en effet permis l’élection d’un nouveau président et accepté la normalisation avec l’Arabie Saoudite. Chose que l’Iran ne souhaitait guère.

Le deuxième problème entre l’Iran et le Hezbollah est lié à la Syrie. De nombreux dirigeants militaires du Hezbollah se sont plaints de voir leurs militants se transformer en «chair à canon» en Syrie, tandis que le rôle des Iraniens ne se résume qu’à commander les troupes. Cependant, la relation stratégique entre les deux entités continuera à exister, car l’un ne peut vivre sans l’autre. Il y aura peut-être moins de soutien financier, mais le Liban restera une porte d’entrée importante pour Téhéran et un poste avancé dans sa guerre indirecte et factice contre Israël.

- Vis-à-vis de l’Arabie Saoudite : pas de changement à l’horizon dans les relations entre les deux pays. Pour les Iraniens, l’objectif est de détruire le régime wahhabite, sponsor du terrorisme international, selon eux. Pour Ryad, l’Iran joue contre ses intérêts en acceptant tout des Américains. Les relations sont appelées à demeurer «tièdes» entre les deux pays. Ni guerre ni paix, mais un ascendant psychologique pour les Mollahs qui renforcent leur sécurité et qui deviennent les maîtres du golfe Persique.

Pour contrebalancer cet ascendant psychologique, l’Arabie Saoudite a besoin d’une victoire éclatante au Yémen. Ce qui ne semble pas se dessiner pour le moment, renforçant davantage la position iranienne dans la région. Tel un loup dans la bergerie, le prochain président va renforcer sa coopération avec Oman où vit une majorité d’ibadites (versus chiite). Ce petit pays qui fait partie des monarchies du Golfe est considéré par Téhéran comme la meilleure porte d’entrée dans cet espace riche.

- Vis-à-vis de l’Algérie : malgré l’évolution rapide des relations internationales et l’apparition de nouveaux acteurs (Russie, Turquie…) la politique iranienne ne connaîtra pas de gros changements. Souffler sur les foyers de tension, continuer à déstabiliser certains pays pourtant éloignés de la sphère chiite (Algérie, Tunisie, Libye, Maroc, Afrique subsaharienne) et maintenir des relations tièdes avec ses voisins du Golfe, seront les principaux éléments qui caractériseront la politique iranienne pour longtemps. Pour exister, l’Iran a besoin d’instabilité et de tensions. C’est son carburant à elle pour justifier ses échecs en interne.

Yacine Farah
 
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