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Mahmoud Guendouz : ancien capitaine de l’équipe nationale de football

«La parole est à la décence !»

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le 19.10.17 | 12h00 Réagissez

«Il n’y a pas d’endroit où l’homme est plus heureux que dans un stade.» (Albert Camus)

Le défenseur est toujours d’attaque. Au cœur des batailles si vaines soient-elles. C’est que l’homme tient à ses convictions et on ne peut pas dire que l’environnement actuel l’enchante.

Alors il va-t-en guerre, de nouveau, contre les imposteurs, les corrompus et tous ceux qui ont dénaturé ce sport si attachant, si merveilleux qu’est le football. C’est que l’homme ne s’est jamais aventuré dans les sables mouvants des décideurs peu regardants sur l’éthique, si versatiles, dont la courte vue irrite Mahmoud au plus haut point. Comme il enrage contre certains de ses pairs qui ont fui les fondamentaux pour aller disserter bien au-delà du rectangle vert, faisant plus attention à leur ego qu’à la balle ronde et ses innombrables et imprévisibles rebondissements. Jeune, Mahmoud s’était juré de respecter ce jeu, le foot, qui est aussi une école de la vie.

Ceux qui le pratiquent et ceux qui l’ont adopté comme spectacle. Aussi, lorsqu’il constate des déviations, il hurle sa colère et cogne fort. Il dit ce qu’il pense, tout entier et sincère qu’il est, un brin autoritaire. Ses proches le pressent de moins s’exposer, d’être moins critique à l’encontre de ceux qui, à ses yeux, «ont porté un sale coup à notre génération, la première à s’inscrire dans la cour des grands !»
L’instant est toujours savoureux quand on discute football avec un connaisseur comme lui et avec mon ami Yazid Ouahib, présent à cet entretien à bâtons rompus.
Harrachi et fier de l’être

C’est un sexagénaire rajeuni, toujours souriant, jaloux de l’entretien de sa carrure et de sa carrière. Il parle librement de sa personne et des autres jusqu’à froisser bon nombre de journalistes avec lesquels il a fini par couper les ponts. «Ils ne font pas leur boulot. Ils se sont transformés en super techniciens qui connaissent tout en nous déniant presque notre qualité de footballeur ! «Je suis Harrachi et fier de l’être. Je suis né au quartier PLM, ma mère aussi. Si j’ai une attache particulière, un lien charnel avec cet environnement, j’ai aussi un lien affectif avec le sport et le NAHD que je continue toujours de suivre et de supporter. Mon histoire avec le foot est atypique puisque j’y suis venu dans le tard.

Et lorsque j’ai postulé pour l’USMMC à un âge pas du tout précoce, on ne voulait pas de moi. C’est à 20 ans que j’ai acquis la conviction que je ne pouvais échouer, même si avec mes amis logés à la même enseigne, Mekri et Brahim Berkat, on subissait plus de revers que de satisfecit. Face à cette contrariété, je m’entraînais tout seul en jouant le maximum de matches lorsqu’ils se présentaient. A 19 ans, je suis enrôlé dans le cadre du service national. Ma chance, c’est d’être affecté au service des sports de la caserne de Beaulieu, à quelques encablures de mon domicile.

C’était ma chance, car je n’étais pas structuré dans un club sans aucune fiche ni licence. Et, cerise sur le gâteau, j’y ai trouvé deux grands éducateurs, j’ai nommé Ali Benfaddah et Ahmed Zitoun, que Dieu ait leur âme. Lorsque j’ai terminé mon service, l’officier m’avait interpellé : ‘‘qu’allez-vous faire maintenant ?’’ Ma réponse était aussi incisive que spontanée : je vais jouer au haut niveau. Interloqué, il est resté bouche bée.

En attendant, je me suis engagé avec l’équipe de la SNTR pour m’entraîner, car les dirigeants de la société routière toléraient mes absences. Mais mon objectif restait le NAHD. Un jour, en 1974, je me suis présenté au complexe d’Hussein Dey pour essai. Zoubir Benganif, ancien arbitre international et dirigeant, m’avait bien reçu et permis de m’entraîner aux côtés de Khedis, Fergani, Jean Snella et Abdelkader. Mon rêve commençait à se réaliser. Je n’en dormais pas. Un jour, l’équipe était en partance pour l’Angleterre et on est venu me demander de ramener mon passeport, que je n’avais pas.

Il a fallu une course contre la montre pour en confectionner un. C’est comme ça que je suis parti avec eux, mais sans jamais exiger de jouer. J’ai chauffé le banc, comme on dit, pendant une bonne période. J’avais accepté sans broncher mon statut. Alors que je voyais, la mort dans l’âme, mon poste de prédilection en défense occupé parfois par des… attaquants. Mais Snella, en fin pédagogue, m’a subtilement encouragé à redoubler d’efforts pour gagner ma place. ‘‘Ton heure arrivera’’, me répétait-il. Un jour, contre l’USMA, au stade du 5 Juillet, l’entraîneur français est venu me voir. ‘‘Mahmoud es-tu prêt ?’’ Naturellement, lui ai-je répondu par l’affirmative. Rassuré, il m’a chargé de coller aux basques de Nacer Guedioura.

Ce que j’ai fait sobrement et efficacement. L’examen était réussi. Et je l’ai fait savoir au journaliste K. Benmohamed qui me questionnait en allant plus loin, gonflant ma fierté et mon ego : «ce n’est qu’un début, je vise l’équipe nationale». Le journaliste en question était plus incrédule qu’interloqué. L’année suivante, je l’ai rencontré à l’issue du match Algérie-Tunisie. On a fini 1 à 1. C’était ma première sélection. Et j’ai marqué le but algérien de la tête sur corner à la 34’.»
Parcours du combattant

«Le journaliste cité plus haut n’en revenait pas. Depuis, ma carrière a balancé entre l’équipe nationale et le NAHD que je n’ai jamais plus quitté.» Satisfait, Mahmoud, de cette carrière inespérée de ce vœu qui se réalise malgré toutes les adversités ? «Et comment ? Car j’avais beaucoup de contraintes et je me suis fait tout seul à la force des bras avec tous les sacrifices que cela implique. Le colonel de la caserne de Beaulieu, qui était sceptique à mes débuts, était étonné de mon ascension fulgurante, autant que Zitoun et Benfaddah. Tous les trois ont partagé ma fierté et mon bonheur.

Ma carrière est un terrain accidenté», aime à répéter cet enfant du peuple issu d’une famille modeste qui s’est démené comme un diable pour acquérir un statut social, comme il l’a souhaité. Alors, Mahmoud, comme pour exorciser ses démons, aime raconter les bons moments vécus, comme sa première sélection qui coïncidait avec son anniversaire : «C’était un défi difficile à relever.

Ce que j’avais promis, je l’ai réalisé.» Ardu le chemin, car la galère ne vogue qu’au gré des vents. Alors, on se remémore ces moments incertains où on a l’impression que tout le ciel nous tombe sur la tête. «Ma blessure en Coupe d’Afrique, au Nigeria contre la Guinée en 1980, m’a beaucoup affecté et m’a empli de doutes.» Pas du tout ingrat, Mahmoud jette les fleurs fort méritées à Snella. «Pour son discours simple et précis et sa façon de gérer le groupe et pour ses relations humaines, sa correction et son honnêteté, de même que Mahiedine Khalef.» Puis, c’est à son tour d’enfiler le survêtement de coach.

«En 1988, je suis parti à Abou Dhabi pour entraîner des jeunes. J’ai acquis une grande expérience au Nadi El Djazira pendant 3 ans, tout en passant des stages de recyclage. Puis, je suis parti au Bahreïn pour entraîner le Ahli de Manama qui évolue en première division. J’y suis resté 3 ans, avant de débarquer à Beni Yas, aux Emirats. Pendant une année, j’ai pris les rênes de l’équipe. S’en est suivie une année sabbatique. Je retourne au pays. J’ai signé au WA Tlemcen où je n’ai pu mettre à exécution mon projet qui ne cadrait pas avec celui des dirigeants ‘‘pressés’’ par les résultats immédiats. Je ne suis resté que 6 mois.

On était en 2005 et j’avais préparé une équipe performante pour 2009 en me basant sur les potentialités juvéniles locales.» Après ses pérégrinations à Beni Yas qu’il retrouve à la fin des années 1990 et à Biskra, Mahmoud a eu le privilège de coacher Martigues, équipe française de 2e division, qu’il a réussi à faire remonter après sa rétrogradation. Puis, en 2006, Mekhloufi l’oriente vers le club de Nedjma au Liban : «c’est le club, du Premier ministre Hariri qui avait vu défiler Pfister, Zizou l’Egyptien… C’est un grand club structuré. Mais l’instabilité politique dans ce pays m’a dissuadé d’y rester. J’y étais reparti quand même lorsqu’ils m’avaient rappelé en 2011.»
Palestine meurtrie

En 2012, Mahmoud est sollicité en Palestine, sur proposition du maire franco-algérien de Stains, ville jumelée avec un camp de réfugiés palestiniens dénommé Amaari. Une belle expérience humaine, où le sport vient à la rescousse d’une population spoliée, frustrée, réduite à subir un joug intenable. «Je suis resté une année à Ramallah. Assez suffisant pour connaître les gens, leurs espoirs et leurs désillusions. Ils s’accrochent au foot comme un naufragé à une épave. Un exutoire et une façon d’oublier un quotidien morose.»

Mahmoud y était presque en mission humanitaire au milieu d’une kyrielle d’hommes et de femmes de divers métiers venus ici de différents pays en mission humanitaire. «J’y ai vu des infrastructures sportives que les clubs algériens les plus nantis ne possèdent pas. Comme j’ai été profondément ému de voir des drapeaux algériens flotter sur les modestes demeures. A ce moment-là, on a un sentiment indicible. C’est un souvenir impérissable que je garde pour toujours.

C’était l’une de mes dernières escales. Mais quoi qu’on dise, mon souhait le plus secret c’est d’exercer dans mon pays, hélas l’occasion ne m’a jamais été donnée. C’est pourquoi je considère mon parcours incomplet, voire tronqué.» Le regard incisif de Mahmoud sur le football algérien est sans appel.

Quant à lui parler de professionnalisme en Algérie, cela l’amuse et le fait rire (jaune). «L’Etat puise dans le Trésor public pour renflouer les caisses des sociétés par actions privées que sont les clubs ; les walis donnent des primes comme si c’était leur bien personnel et quand la faillite se déclare, on n’applique pas la loi sur le commerce. Certains entraîneurs qui n’ont jamais tapé dans un ballon, des clubs sans domicile fixe, ambulants et errants, des présidents de club qui déclarent en direct à la TV avoir acheté des matchs sans que la justice ne bouge le petit doigt.» Mahmoud mène un combat solitaire et guère solidaire. Il en est conscient.

«Je suis arrivé seul en équipe nationale, à la force des jarrets et des convictions. Je me bats et même si je ne peux continuer le combat, je reste avec mes principes. A la limite, je comprends que le système me mette à l’écart, mais les médias ?» s’insurge-t-il comme un incompris en fureur.

«Mais que voulez-vous ? Le milieu est pourri, le football n’est plus un sport chez nous du moment que les maquignons et les aventuriers ont pris la place des vrais sportifs. Même les autres sports ne sont pas épargnés par cette dangereuse épidémie, assure-t-il, non sans fustiger ‘‘certains pseudo entraîneurs corrompus’’ qui sont indispensables pour leurs présidents charlatans. Ils commencent la saison avec des programmes scientifiques et la finissent avec des matches arrangés. Où est l’éthique ? Où est la morale ?» clame-t-il.

Un peu nostalgique, Mahmoud se console en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur. «On peut dire ce qu’on veut de notre génération, les joueurs algériens alignés à l’époque étaient les meilleurs». Loin d’être passéiste, notre défenseur s’indigne du fait que le foot, qui l’a forgé, soit si mal défendu par ses pairs, du moins certains d’entre eux qui, selon lui, «gagneraient à se mettre à l’air du temps». Il dit ça non pas pour susciter une quelconque polémique, mais parce que, comme il le dit : «Ce que je sais de la vie, c’est au football que je le dois…»


 

PARCOURS :

Mahmoud Guendouz est né le 24 février 1953 à El Harrach où il a joué en jeunes sans jamais s’illustrer. C’est le NAHD qu’il adorait qui a fini par lui tendre les bras. Il y a fait une carrière exemplaire, de même qu’en équipe nationale où il s’est affirmé comme un titulaire indiscutable en défense. Après une carrière peu conventionnelle mais riche, Mahmoud se convertit en entraîneur avec des fortunes diverses après avoir bourlingué ici et là.

Sa satisfaction, c’est d’avoir réussi à faire remonter Martigues, club de seconde division française. C’est sa fierté, d’autant que reconnaissants, les dirigeants français l’avaient adopté. Mahmoud est marié, père de 5 enfants et 3 fois grand-père.

Hamid Tahri
 
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