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Daniel Verger. Cadre du Secours catholique

«L’accueil des étrangers en France n’est pas digne»

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le 14.11.17 | 12h00 Réagissez

«L’accueil des étrangers en France n’est pas digne»

Daniel Verger est responsable du pôle Action et Plaidoyer France Europe du Secours catholique

Peut-on en savoir plus sur l’origine des personnes accueillies par le Secours catholique, notamment les Algériens ?

On n’a pas de répartition par nationalité, mais par grande région. Ce qu’on peut constater, c’est qu’à l’intérieur des étrangers qui s’adressent à nous, la population maghrébine reste importante  (23%), même si elle a diminué depuis 2010 où elle était de 26%.

De qui est constituée cette proportion d’un quart des personnes accueillies ?

Il y a beaucoup de familles, de femmes, qui sont un peu moins nombreuses que les hommes cependant. Au total, Français et étrangers, elles sont 33% pour 46% d’hommes. Parmi les femmes, il y a beaucoup de familles monoparentales et on reçoit de plus en plus de couples avec enfants.
 

Les immigrés correspondent-ils par leur origine aux récentes vagues migratoires dues aux conflits et au départ d’Afrique de ceux qu’on nomme en Algérie les «harraga» ?

Oui et non. C’est-à-dire que sur les statistiques que nous avons, nous voyons augmenter progressivement les populations d’Afrique subsaharienne et beaucoup sont arrivées récemment, souvent par des moyens qui peuvent être la traversée de la Méditerranée ou par les routes de l’Est. Mais pour les populations du Moyen-Orient - Irak, Syrie - elles restent peu nombreuses, avec un taux de 10% du total, y compris les exilés d’Asie.

Pour les réfugiés économiques, est-ce qu’on sent une déception et une envie de faire marche arrière vers leur pays d’origine ?

On constate essentiellement la difficulté d’insertion en France, au niveau socio-économique. La situation des étrangers que nous recevons est significativement plus précaire que celle des Français. C’est spectaculaire pour la question du logement. Un étranger sur deux est logé de façon précaire. C’est en raison des revenus que beaucoup n’ont pas.

Ceci touche aussi bien les gens en attente de statut que les sans-papiers et aussi ceux qui sont en règle, dont certains vivent en France parfois depuis des années. Le niveau de vie médian pour les Français accueillis par le Secours catholique est de 665 euros et de 430 euros pour les étrangers en règle. Pour les sans statut, il est de zéro. On a 20% des personnes qui se retrouvent sans papiers et sans revenus.
 

Est-ce que certains vous demandent de l’aide pour repartir ?

Très peu. La difficulté de vie et la mauvaise qualité de l’accueil bien souvent n’impliquent pas de vouloir rentrer. Au contraire, il y a plutôt de la persévérance pour s’intégrer, soit en France, soit dans des pays européens. Il y a de la mobilité à l’intérieur de l’Europe. A commencer par les situations qu’on connaît bien pour aller vers l’Angleterre. Mais c’est un tel investissement affectif et financier, d’être venu jusqu’ici, que l’idée du retour existe, bien sûr, mais de façon extrêmement minoritaire.
 

Vous lancez un appel aux autorités françaises sur cette ténacité, cette envie des exilés de se faire une place. Il faut faire plus pour une population qui ne demande que ça : s’intégrer ?

Exactement, nous pensons que l’accueil des étrangers en France n’est pas digne. On laisse trop longtemps les gens en attente, en particulier ceux qui postulent au statut de réfugié.

Cela ne facilite pas leur vie, car ils n’ont pas le droit de travailler pendant cette période et sont soumis soit aux trafics, soit au travail au noir. Ils sont handicapés pour s’intégrer, alors qu’ils ne demandent qu’à travailler. Par ailleurs, nous demandons que la faculté de travailler soit autorisée pendant la période d’examen des dossiers de régularisation. Ensuite, on voit bien qu’il y a beaucoup trop de gens qui ne sont ni régularisables ni expulsables.

Ils sont là depuis longtemps, ont des enfants, qui ont tout pour faire leur vie en France, et qui sont dans des situations de logement trop précaires de par leur absence de statut. Nous pensons qu’aujourd’hui, une régularisation maîtrisée et sur critères serait une solution raisonnable, en particulier pour libérer des places dans les sites d’hébergement. Cela leur permettrait une vie digne et ce ne sont pas des chiffres si élevés que ça.

Vous battez en brèche l’idée que ces réfugiés viendraient prendre le travail, accroissant le chômage et les inégalités ?

De ce point de vue effectivement, il y a des études qui montrent que globalement l’émigration est relativement neutre sur le plan économique. Il y a des formes de concurrence sur le marché du travail, mais il y a aussi de la consommation, des impôts, par la TVA, la CSG et donc au total, les incidences positives équilibrent les aspects négatifs. Cela va dans le sens d’un dynamisme de la société.  

Walid Mebarek
 
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