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Metref on the road

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le 07.10.17 | 12h00 Réagissez

Alors que les Algériens ont une curiosité avide du monde et voyagent de plus en plus et que des communautés de compatriotes (anciennes et immenses comme en France ou nouvelles et minuscules comme en Inde), sont implantées dans le monde entier, parfois en des lieux disons insoupçonnés, le récit de voyage manque à notre registre éditorial.

C’est pourtant un genre très estimable, souvent instructif et parfois étonnant, qui gravite entre journalisme et littérature. Quelque part entre le Français Albert Londres (1884-1932) qui a donné au grand reportage ses lettres de noblesse, notamment à travers la dénonciation des bagnes, et – hasard de l’homonymie – son contemporain l’Américain Jack London (1876-1916) qui a laissé des romans mémorables d’errance et de vagabondage.

C’est donc dans cette voie médiane du récit de voyage que se présente ici Arezki Metref, à la fois journaliste, romancier, dramaturge et poète. Réunissant en un volume le récit de ses tribulations aux Amériques du Nord qu’il avait livrées en feuilleton chez notre confrère Le Soir d’Algérie, il nous propose de suivre ses deux voyages dans cette région : un «road trip» en Californie et dans le Nevada durant l’été 2015 et un périple, un an plus tard, entre Montréal, Ottawa et New York. Le tout forme Mes cousins aux Amériques*, un ouvrage truffé d’anecdotes et de réflexions déroulées avec une précision subjective (oui, cela est possible), une écriture alerte et sensible et un sens de l’humour élevé, celui d’une distanciation subtile qui, plus qu’un procédé, est un trait de caractère de l’auteur.

Metref va donc à la découverte de l’Amérique. Mais c’est un pays hyper-médiatisé présent dans l’imaginaire de quasiment tous les Terriens. Aussi, s’il va pour observer et entendre, il met constamment à l’épreuve de ses observations et même de ses a priori, l’image du rêve américain. Une image particulière à sa génération qui a vécu, à partir de l’Algérie (et paradoxalement de près), le déferlement d’idées, d’icônes et de sons des périodes beatnik, hippie puis contestataire.

En faisant son travail de reporter, il en profite pour parcourir dans le réel ses fantasmes de jeunesse. Comme s’il vérifiait ou corrigeait les effets laissés en lui par la lecture, avec d’autres Algériens de son âge, du livre-culte de Jack Kerouac, On the road (1957). Cette incursion dans un pays à la fois réel et mythique est aussi incroyablement liée à l’Algérie. D’abord parce qu’il va souvent (mais non exclusivement) à la rencontre de ses «cousins», qu’ils soient parents ou simplement compatriotes, et nous livre ainsi des tranches de vie surprenantes des Algériens chez l’Oncle Sam et au pays de l’érable. Ensuite, parce qu’à tout moment, son regard sur l’Amérique reste profondément algérien et provoque souvent la référence au pays natal. Au départ déjà, Metref note : «Cette fois encore, je m’adonne à ce jeu franchement inepte qui consiste à tâcher de repérer des Algériens dans l’avion (…) L’axiome selon lequel nous sommes partout doit pourtant bien pouvoir se vérifier». Que dire sinon que ce récit de voyage, en journalisme de première classe, côté hublot littéraire, suscite un réel bonheur de lecture assorti de nombreuses surprises ?
 

Arezki Metref, «Mes cousins des Amériques», Ed. Koukou, Alger, 2017. 220 p. 800 DA

Ameziane Ferhani
 
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