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Les détritus du savoir

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le 25.11.17 | 12h00 Réagissez


Extraordinaire comme les déchets peuvent contenir d’informations. Dis-moi ce que tu jettes, je te dirai qui tu es ! Ainsi, les chiffres fournis par l’entreprise Netcom sur son travail après la 22e édition du Salon international du Livre d’Alger sont éloquents. Peut-être plus que ceux des organisateurs, ils confirment bien qu’il s’agit du plus grand rendez-vous culturel mais également social du pays.

Selon Nassima Yakoubi, chargée de communication de l’entreprise de nettoyage, les 85 opérations menées sur le site du Palais des Expositions des Pins Maritimes ont mobilisé des moyens importants (camions, bacs, balayeuses mécaniques et électriques) et des équipes de trente agents travaillant en rotation. Résultat : 100 tonnes de cartons acheminés vers un centre de récupération et 1,32 tonne de déchets ménagers dont 320 kg de pain selon notre confrère de l’APS. Ainsi, le SILA qui est parfois présenté comme une grande kermesse où l’on viendrait surtout se balader et manger (et pourquoi pas aussi ?), rejette cent fois plus d’emballages de livres que de détritus divers. Sa mission livresque se voit donc rétablie par les nettoyeurs urbains dans un rôle inattendu d’observateurs de la vie culturelle.
Mais il y a quelque chose de troublant que d’avoir à considérer une manifestation culturelle sous l’angle de ses détritus, encore qu’il s’agit surtout d’emballages.

Plus terrible est le sort des livres livrés au pilon, ce broyeur d’idées, d’écritures et de morceaux d’âmes. Une semaine avant l’ouverture du SILA, notre confrère Mustapha Benfodil avait donné aux Ateliers Sauvages un spectacle – à la fois installation et performance – intitulé L’Antilivre et où il exprimait l’absurdité et la douleur de telles situations. Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire, la destruction économique, politique et religieuse de livres est présente. Un roi wisigoth d’Espagne fit brûler au VIe siècle les livres de l’arianisme. En Andalousie, les manuscrits d’Ibn Hazm furent brûlés par un gouverneur et ceux d’El Ghazali sous les Almoravides. Après la prise de Grenade en 1492, tous les livres en langue arabe furent brûlés sur ordre de l’Eglise. En 1497 à Florence, l’Inquisition organisa le «Bûcher des Vanités» enflammant des milliers de livres. En 1562, au Mexique, on brûla d’innombrables manuscrits mayas.

Le premier empereur de Chine fit brûler les livres de Confucius. Plus célèbres, les autodafés des nazis à partir de 1933. En 1962, l’OAS mit le feu à la bibliothèque universitaire d’Alger. Plus récemment, 55.000 livres ont été détruits par les Talibans dans la plus vieille fondation afghane, puis des manuscrits de Tombouctou par les milices islamistes, etc. Aussi inadmissibles, cruelles et imbéciles (car on ne peut lutter efficacement contre un livre que par un autre), ces pratiques barbares ne doivent pas faire oublier que des livres non lus sont aussi des livres morts. Un autodafé peut s’avérer ainsi moins destructeur qu’une mauvaise distribution du livre ou une insuffisance de la lecture publique.

Ameziane Ferhani
 
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