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Le retour des Nabatéens

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le 05.05.18 | 12h00 Réagissez


Comme l’histoire est étrange, souvent surprenante ! Même le passé lointain peut se trouver plongé dans l’actualité et faire l’objet de rebondissements. Ainsi, une civilisation que l’on pensait quasiment enterrée, en tout cas bien oubliée en dehors des spécialistes, se voit exhumée de manière inattendue.

Qui l’eût dit ? L’Arabie Saoudite, qui vise 30 millions de visiteurs en 2030 (bien au-delà des 2 millions de Hadjis de 2017), va valoriser le site d’Al ‘Ula, ensemble de monuments funéraires creusés dans la roche il y a 2000 ans par les Nabatéens, également auteurs des prodigieux vestiges de Pétra en Jordanie. Situé à 400 km au nord-ouest de Médine, Al ‘Ula est un éminent témoin de ce peuple encore mystérieux, dont le territoire s’est étendu du nord de l’Arabie actuelle aux confins de la Syrie.

On sait qu’ils furent de grands commerçants, des sortes de Phéniciens caravaniers rayonnant jusqu’aux ports de la Méditerranée orientale et qui jouèrent un grand rôle dans la domestication du dromadaire. Leur civilisation (environ cinq siècles avant notre ère jusqu’à quatre après), était réputée par sa gestion ingénieuse de l’eau et un alphabet, issu de l’araméen, qui aurait influencé la calligraphie arabe. Le géographe grec Strabon affirmait que les rois nabatéens étaient plutôt ouverts, servant eux-mêmes lors des banquets et rendant parfois des comptes au peuple. On les crédite également d’un statut de la femme plutôt en avance sur son temps, puisque les Nabatéennes jouissaient de la propriété et ont parfois régné.

On a retrouvé des figurines représentant des musiciennes, attestant aussi de leur pratique élevée des arts, avec déjà cette extraordinaire architecture taillée dans la roche.
Et ce sont ces mêmes Nabatéens que le Royaume d’Arabie Saoudite veut extirper aujourd’hui de l’oubli. Le site d’Al ‘Ula va donc être restauré et aménagé avec un musée de la civilisation nabatéenne à proximité. C’est l’objet de l’accord pharaonique conclu le 10 avril avec la France par le prince Mohammed Ben Salman pour un projet estimé entre 50 et 100 milliards d’euros, selon le journal Le Monde.

Les musulmans et l’opinion mondiale s’étaient indignés de la destruction à La Mecque et Médine de sites de l’aube de l’islam pour des motifs religieux (rejet de la vénération) et de la nécessité de dégager de nouveaux espaces au Hadj. Aussi, ressusciter un site antéislamique tel que Al ‘Ula s’apparente à une révolution dans les bouleversements qui ébranlent aujourd’hui la doxa wahhabite. Bien sûr, on ne peut négliger leurs soubassements géostratégiques. La réhabilitation des Nabatéens pourrait par exemple être perçue comme l’affirmation d’une influence historique sur l’ensemble du Moyen-Orient

. Mais comment ne pas relever qu’il se passe quelque chose d’énorme au Royaume des Saoud ? Quelque chose qui peut provoquer un changement des paradigmes cultuels et culturels au- delà de ses frontières. Oui, l’histoire est bien surprenante.

Ameziane Ferhani
 
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