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Essai d'art

Joyaux d’histoire

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le 10.02.18 | 12h00 Réagissez

Certaines rééditions d’ouvrages de la période coloniale tombés dans le domaine public sont décevantes. Ce n’est pas le cas de celle de l’Orfèvrerie algérienne, de Paul Eudel (1837-1911) aux éditions Mimouni.

En reprenant ce titre de 1902, elles offrent une opportunité de lecture à la fois instructive et agréable, pour peu que l’on sache tenir à distance certains préjugés liés à l’idéologie coloniale et repérer certaines imprécisions dues aux circonstances de l’étude. Dans son avant-propos, l’éditeur ne manque pas de le signaler, en affirmant que l’auteur est «plus pertinent dans ses descriptions que dans ses analyses».

Mais de préciser : «Paul Eudel n’est ni un ethnologue ni un orientaliste qui doit se cantonner dans un langage entendu, lisse, que l’on qualifie d’académique. Ce n’est même pas un fonctionnaire astreint à une discipline de corps, ni même un habitant de l’Algérie, tenu par un esprit de clan. C’est un industriel du nord de la France et un armateur suffisamment riche pour se consacrer à un hobby coûteux, et c’est un collectionneur si passionné qu’il est devenu un grand spécialiste de son sujet.

Cette passion se ressent dans l’écriture même, qui est plutôt celle du reportage». De fait, Paul Eudel échappe parfois à la pensée alors dominante, à travers de petites touches, comme celle où il parle du Prophète de l’islam, «Mohammed, que nous appelons improprement Mahomet», ou encore quand il admire l’orfèvrerie locale au point de l’ériger en «branche des arts industriels algériens».

Et, de fait aussi, il offre un texte foisonnant qui se rapproche des magazines, en conservant son cap monographique. Bref, cela se laisse lire aisément. L’auteur a rencontré tous ceux qui pouvaient l’éclairer, et  bien sûr, les artisans israélites, musulmans et chrétiens. C’est un univers de magnificence qui s’ouvre par l’orfèvrerie dans le monde et ce beau vers de Victor Hugo pour lequel les ciseleurs sont les frères des poètes. Très vite, nous entrons dans l’histoire de l’Algérie et l’on comprend qu’elle sera parcourue via les bijoux et autres merveilles numides, phéniciennes, romaines, orientales et autres.

Et de fait encore, si l’histoire est polluée par ses versions coloniales, l’homme sait de quoi il parle en matière d’or, d’argent, de corail, de nacre, d’ivoire, de perles, de pierres précieuses et surtout de dextérité et de talent d’artisans exceptionnels. Il intègre les diverses influences, y compris celle des Andalous musulmans et les apports issus de toute la Méditerranée avec des relais jusqu’en Extrême-Orient. Il s’appuie sur des archives édifiantes comme le registre dit «Daftar tachrifat», où étaient consignées les offrandes des deys au sultan de la Sublime Porte, ou encore les inventaires des notaires établis pour les héritages des grandes familles.

On découvre tant sur les matériaux, les outils, les techniques, les motifs, les pinceaux, les circuits d’approvisionnement et de vente avec un luxe de détails passionnants. Les anecdotes ne manquent pas, comme à propos de la création du Mont-de-Piété d’Alger en 1852, visible au même endroit dans le film Omar Gatlato (1976) de Merzak Allouache, soit l’actuel siège de l’APC d’Alger-Centre.

Son premier directeur, M. Descous, avait été officier d’ordonnance de la reine Marie-Amélie. Mais, par dérision, les Algériens le nommaient «Sidi Couscous» ! Sans doute aussi parce que la paupérisation dont ils étaient victimes les condamnait à gager les bijoux de famille s’ils voulaient encore rêver au plat national…


Ameziane Ferhani
 
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