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Dar El Othmania

Fournée 2017

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le 02.12.17 | 12h00 Réagissez


Certaines petites maisons d’édition creusent discrètement leur sillon. Modestes moyens, catalogues réduits, ce sont souvent des micro-entreprises familiales. Parmi elles, la vaillante Dar El Othmania, nichée dans le quartier populaire d’El Madania et dont le fondateur et directeur, Othmane Flici, n’oublie jamais d’arborer un sourire dans sa barbe fournie.

La maison s’est fait connaître notamment par les œuvres de Mouloud Mammeri dont elle détient les droits pour le Maghreb avec l’accord des ayants droit. On lui doit aussi l’essai de Barkahoum Ferhati, De la tolérance en Algérie, 1830-1962, qui traite de l’histoire de la prostitution. Dar El Othmania est aussi une des rares éditions à accorder une place à la poésie. Elle a publié entre autres les poèmes inclassables de Abderrahmane Lounès.

Présente au SILA le mois dernier, ses anciens ouvrages côtoyaient sa fournée 2017, petite mais loin d’être insignifiante. Surprise : Mouloud Mammeri encore, mais traduit cette fois en tamazight. Quatre titres en trois volumes ont été publiés à la faveur du Centenaire de la naissance de l’écrivain et les soutiens du Haut-Commissariat à l’amazighité et du ministère de la Culture.

Il s’agit de La mort absurde des Aztèques suivi du Banquet, traduits par Habib-Allah Mansouri ; du Sommeil du juste, traduit par Djamel Laceb, et de La Traversée, traduit par Arab Aït Kaci. Signalons que, parallèlement, Dar El Othmania a réédité les versions originales des titres précités ainsi que celles de La Colline oubliée et de L’Opium et le bâton, pièces maîtresses de son catalogue.

On compte aussi un essai remarquable intitulé Une université algérienne au prisme de ses départements, titre assez morne qui définit bien le sujet de l’ouvrage mais est loin d’exprimer sa richesse et sa qualité, y compris d’écriture. Son auteur, Lamine Kouloughli, a recueilli là des contributions de presse nées de son expérience de professeur puis de responsable du Département des Lettres et langue anglaise de l’université Mentouri de Constantine.

Un ouvrage passionnant pour qui veut comprendre l’université algérienne. En postface, on trouvera un plaidoyer contre les atteintes à l’ensemble architectural de l’université de Constantine conçu par le grand Oscar Nyemeyer sous le titre très littéraire : Il s’en est fallu de peu, Oscar.   

Dar El Othmania a édité aussi un témoignage absolument étonnant, Quand Moscou couvait l’élite militaire arabe, de Abdelkader Harichane, ancien engagé dans la Marine nationale devenu plus tard journaliste et écrivain.  Là aussi, le titre est en deçà de ce texte, écrit comme un roman-journal et qui dépasse en contenus ce qu’annonce sa couverture.

Enfin, cet essai, Vérités sans tabous, l’assassinat de Abane Ramdane, écrit par le neveu du martyr, le Pr Belaïd Abane. Il s’agit du quatrième ouvrage d’une quadrilogie sur le même sujet, encore troublant. En 368 pages passionnantes et très bien écrites, l’auteur livre tout ce qu’il a accumulé dans l'enquête historique qu’il a menée, ajoutant les témoignages d’acteurs directs de l’histoire, dont tout un chapitre reprenant la version de Bentobbal.

S’y ajoutent une postface de conclusion sur l’assassinat intitulée Qui ? Comment ? Pourquoi ? Et après ? Et, en plus des documents d’archives, photos et index, un épilogue intitulé Pour que plus jamais ça. Un modèle de grandeur d’âme et de sagesse face aux remugles de l’histoire (et de toutes les révolutions sans doute) et qui s’achève par ces mots : «Puisse enfin cette modeste contribution aider à apaiser notre mémoire et à mettre fin à nos guerres fratricides.»
 

Ameziane Ferhani
 
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