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Doctorat dedecus causa

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le 11.11.17 | 12h00 Réagissez


Plafonds affaissés. Murs lézardés. Vitres cassées. Marches d’escalier défoncées. Meubles anciens abandonnés au dehors. Jardin de plantes locales et tropicales saccagé. Malles de roches et de minéraux éventrées à même le sol. Archives scientifiques inestimables – livres, revues, plans, croquis, thèses, registres, etc., – nécrosées par la moisissure. Plaques photographiques de verre – documents précieux – parmi les ordures. Produits dangereux d’un laboratoire de géochimie laissés en plein air ! Gravats, bouts de bois et de fer, papiers éparpillés… Bref, une image consternante de dévastation.  

Non, ce n’est ni celle de Beït el Hikma, après le sac de Baghdad par les Mongols, ni celle de la bibliothèque de Sarajevo sous les bombes serbes. Cela se passe en temps de paix, aujourd’hui et en Algérie, dans l’ancienne fac centrale d’Alger, sise dans une rue nommée Didouche Mourad, martyr qui avait abandonné ses études au lycée technique du Ruisseau pour se vouer à sa patrie. S’il avait survécu, que penserait-il de cette désolation cachée derrière la façade parfaitement blanchie de la bibliothèque universitaire, telle l’œuvre de spécialistes en décors démagogiques (et nous n’en manquons pas !) que les studios d’Hollywood rêveraient de recruter. Dans ce capharnaüm, qui insulte le mot université, se trouvent des trésors scientifiques uniques. Entre autres, les données climatiques de l’Algérie du XIXe siècle et c’est un crime que de les compromettre en ces temps de bouleversements météorologiques.

Début 2016, un collectif «pour la sauvegarde du patrimoine scientifique de l’université d’Alger et pour la mise en valeur et l’enrichissement du patrimoine naturel de l’Algérie», avait lancé un appel pressant pour protéger ce trésor et le fructifier au sein d’un beau projet de pôle muséal scientifique. Le dernier dossier du collectif, photos à l’appui, est accablant. Il montre que le laisser-aller et les saccages se sont poursuivis, alors que le ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, a signé un arrêté portant «Ouverture d’instance de classement du siège de l’université d’Alger 1, ex-faculté centrale», paru le 17 janvier 2016 au Journal officiel.

Dans l’exposé de ses motifs, l’arrêté précise : «Outre la richesse historique de cet ensemble monumental, l’université d’Alger 1 renferme une richesse patrimoniale scientifique et naturelle qui se caractérise par des collections paléontologiques, géologiques, zoologiques, botaniques et anatomiques.» Selon la loi, les mesures de protection d’une instance de classement au patrimoine national sont les mêmes que celles d’un classement définitif. On peut donc légitimement se demander si la décision de pré-classement aurait déplu aux gestionnaires de l’université au point de vouloir la rendre caduque ? Ou en ignorent-ils le contenu et la portée, ce qui serait aussi grave ?

Le doctorat honoris causa existe depuis longtemps. L’Algérie créera-t-elle le doctorat dedecus causa ? Celui de la honte.
 

Ameziane Ferhani
 
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