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Première biographie politique de Mohamed Boudia : La culture comme arme de combat populaire

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le 13.10.17 | 12h00 Réagissez

Mohamed Boudia œuvres. Ecrits politiques, théâtre, poésie et nouvelles est sorti en septembre aux éditions Premiers matins de Novembre. Un ouvrage collectif que l’on doit à un travail de recherche minutieux de jeunes  gens interpellés par l’engagement intellectuel et politique de Mohamed Boudia à travers la pluralité de ses écrits qu’ils ont exhumés pour nous les donner à lire.

Les œuvres et écrits de Mohamed Boudia sont précédés de préfaces de l’éditeur Nils Andersson, du journaliste et écrivain Djilali Bencheikh, du militant de l’indépendance de l’Algérie et homme de théâtre Jean-Marie Boëglin et de Rachid, son fils, ainsi que d’une introduction mettant en perspective des éléments biographiques de la vie, de l’engagement politique, intellectuel et artistique de Mohamed Boudia, militant de la Fédération de France du FLN, puis du Rassemblement unitaire des révolutionnaires (RUR) et de la cause palestinienne et homme de théâtre et journaliste, dans le contexte particulier des luttes de libération nationale à travers la présentation de ses écrits.

«Mohamed Boudia a vécu, lutté et créé en traversant un temps historique qui s’écrivait et, sans doute plus qu’un autre, se vivait à l’intersection de la culture populaire et de l’action militante, entre la guerre de Libération algérienne et la révolution palestinienne en Europe. C’est cette époque et cette vie faites de dignité reconquise, de poésie gonflée d’espoir, d’armes au poing et d’internationalisme libérateur que cet ouvrage veut présenter», notent les auteurs.

Et de relever que cet ouvrage «vient combler le manque préoccupant en ce qui concerne la pensée de Boudia et l’incroyable pluralité de ses écrits. En effet, ces derniers, pourtant très nombreux pour un homme mort à 41 ans et longtemps condamné à la clandestinité, n’ont pour la plupart jamais été rendus publics depuis leur publication entre 1962 et 1973, et n’ont jamais fait l’objet d’analyses ou de lecture politique dans leur globalité».

«Les textes que nous avons pu identifier de la plume de Boudia et qui sont présentés ici oscillent entre outils de lutte populaire, d’éducation populaire et réflexions sur les conditions de I’assujetissement issu du fait colonial et/ou de l’impérialisme. En partie écrits dans le temps de la lutte armée  ou clandestine, ils jalonnent la vie de Boudia et nous offrent une pensée et une pratique politique en mouvement émancipatoire. Ils nous permettent aussi de livrer une première biographie politique de Mohamed Boudia à travers ses écrits.»

«Sa théorie de la culture comme arme de combat populaire permet de recontextualiser et d’actualiser une décolonisation nécessaire ne s’arrêtant pas à la fin des temps coloniaux. L’œuvre de Boudia questionne directement ce passage nécessaire à un temps post-colonial redistribuant les armes contre la domination et l’aliénation».

Mohamed Boudia milite dans l’OS, l’organisation spéciale du FLN. Il fait partie des animateurs du deuxième front ouvert par le FLN en France pour l’indépendance de l’Algérie. Ce qui le conduit à participer le 25 août 1958 à l’incendie des dépôts d’essence   de Mourepiane, près de Marseille. Le réseau est arrêté, il échappe à la peine de mort grâce à ses défenseurs, les avocats Jacques Vergès et Mourad Oussedik.

En exil en France à la suite du coup d’Etat de  Boumediène, le 19 juin 1965, auquel il s’était opposé, Boudia anime le Théâtre de l’Ouest parisien, et il organise la troupe du Théâtre Maghrébin. Son engagement anticolonialiste et internationaliste l’amène à adhérer à la cause palestinienne à la suite de la défaite de la guerre des Six Jours et des massacres de Septembre noir. Son assassinat par le Mossad le 28 juin 1973 a été revendiqué sur le site Targeted Killings of Terrorists qui énumère les attentats commis par les services israéliens dans le monde. Un crime resté impuni.

Un théâtre militant au service du peuple

Expulsé en 1966 par les  autorités helvétiques après avoir édité plusieurs écrits, favorables à la cause algérienne - dont les deux pièces de théâtre de Mohamed Boudia, Naissances et L’olivier- Nils Anderson relève que «La cause de l’Algérie, de son peuple, était la sienne (celle de Mohamed Boudia, ndlr), celle de la Palestine, des peuples opprimés, était devenue aussi la sienne ; rien ne pouvait le faire fléchir tant que le rayon de la culture, le rayon de la fraternité sont interceptés par des rangées de matériel d’acier, de tanks et de bombes, de canons et d’avions, des rangées de cadavres, des rangées de machines à torturer, des rangées de fil de fer barbelé, surmontées de miradors et des rangées de murs qui croient emprisonner l’idée.

Toutes ces rangées les interceptent et les empêchent de luire. C’est une coupure qui durera tant que ne cesseront pas les soubresauts des cadavres et ne se brisera l’acier haï» (Mohamed Boudia in Naissances suivie de L’Olivier. La Cité-Editeur 1962).
Mohamed Boudia a plaidé et œuvré, dès l’indépendance de l’Algérie - alors qu’il était directeur du TNA - à «la construction d’un théâtre militant, servant le peuple, utilisant ses problèmes pour les résoudre avec lui, un théâtre fuyant l’absurdité, le style d’un accident détraqué et décadent et qui hélas dans notre cité en marche vers des formes de vie lumineuses et fécondes, trouve quelques faux intellectuels pour le soutenir».

«Voilà la tâche à laquelle avec mes amis, je m’attellerai et à laquelle nous convions tous les artistes sains du pays», affirmait-t-il dans un texte paru les dimanche-lundi 30 septembre et 1er octobre 1962 dans le n° 11 d’Ech-Chaab. Un théâtre «qu’il faudra inventer pour ce peuple chez qui l’oralité est essentielle, un théâtre algérien, incorporant Molière, le gueux et Brecht, l’insoumis», indique l’éditeur Nils Andersson. L’éditeur Nils Anderson a connu Mohamed Boudia dans sa période algérienne. Il a été le premier éditeur de deux pièces de théâtre que Boudia écrit en prison, à Fresnes : Naissances et L’Olivier. «Deux pièces très militantes, engagées et porteuses d’espoir de l’Algérie de demain.»

«Boudia faisait partie de ces célèbres oubliés»

A la faveur d’une soirée qui a rassemblé des proches, des compagnons, Djillali Benchikh qui a écrit un livre-fiction consacré à Mohamed Boudia, Beyrouth canicule aux éditions Elyzad raconte : «J’ai connu Mohamed Boudia en février 1972 par l’entremise de Hocine Nia qui m’avait parlé du RUR. Nia m’avait présenté surtout Ahmed Azzegagh (poète, écrivain, dramaturge et journaliste aux côtés de l’historien Mohamed Harbi. Ahmed Azzegagh est décédé le 24 avril 2003 à l’âge de 61 ans, ndlr), un complice de Boudia qu’il avait connu à Alger avec le peintre Issiakhem.

Il m’avait envoyé en mission au Liban, me transformant en ‘porteur de valises.» «Boudia, c’était un mélange de gravité et de légèreté. Il aimait la vie, la bonne chère. Il fait partie de ces célèbres oubliés. Mohamed Boudia avait un prestige et une influence, il avait une dimension de fédérateur», a ajouté Djilali Bencheikh. C’est «un personnage fascinant et chaleureux, une boule de vie, de conviction, passionné par le théâtre, la révolution», se rappelle Nils Andersson.

Mohamed Harbi, présent à cette soirée consacrée à la présentation du livre consacrée aux écrits de Mohamed Boudia l’a décrit comme «un homme de l’expérience plébéienne», «Boudia n’était pas un homme de parti», «il avait un intérêt très fort pour la culture, il possédait toute la culture de La Casbah, notamment la chanson».

Rachid Boudia, dans un témoignage émouvant a fait part de ses souvenirs  d’enfant, il avait dix ans à l’assassinat de son père. «Mon père avait toujours un grand sourire, il était calme et maître de ses émotions.» S’insurgeant contre «les symboles qui désincarnent», il a affirmé :  «Ce triste jour (le jour de l’assassinat de Mohamed Boudia, ndlr), ce n’est pas un responsable, ni un chef, ni un artiste ou un militant, ni même un administrateur que l’on a assassiné. C’est mon père.»
 

Nadjia Bouzeghrane
 
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