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Séisme d’El Asnam, l’actuelle Chlef, 37 ans après…

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le 10.10.17 | 12h00 Réagissez

On s’en souvient, en quelques secondes, à El Asnam aujourd’hui Chlef, dans la journée du vendredi 10 octobre 1980, à 13h20, un terrible tremblement de terre fut ressenti jusqu’à Alger, Tissemsilt, Tiaret et Oran, d’une magnitude de 7,7 sur l’échelle de Richter qui en compte 9.

La ville d’El Asnam a connu deux tremblements de terre majeurs, le premier le 9 septembre 1954 : bilan 1340 morts et 5000 blessés, et le second le 10 octobre 1980 qui a détruit la ville à 80%. Suite à ce dernier tremblement de terre, la ville est renommée Chlef. C’est bien une triste journée vécue avec plus de 3000 personnes qui ont péri et plusieurs centaines de disparus, et près de 8000 blessés ont été retrouvés sous les ruines de leurs habitations détruites.

Aujourd’hui, il ne reste que quelques pans témoins de ce que fut El Asnam autrefois. Il faut rappeler que chlef a enduré de fréquents séismes (1922, 1934, 1954, 1980), les autorités ont décidé de rebaptiser la ville qui porte depuis 1981 le nom de Chlef, suite à ce dernier tremblement de terre. Une pensée dédiée à notre cher et regretté Ahmed Wahbi qui a consacré une chanson spéciale au deuil du séisme 1954 d’El Asnam (Hozni alyk y a El Asnam).

Sans oublier Paul Robert, éditeur français né à Orléansville (chlef) où il a fait ses études primaires et secondaires, puis supérieures à la faculté centrale d’Alger. Il est universellement connu aujourd’hui comme l’auteur du dictionnaire du Petit robert. Son père et son oncle, ce dernier ex-maire de la ville, ont grandement contribué à la reconstruction d’Orléansville avant et après le séisme de 1954. D’après le dernier recensement datant d’avril 2008, Chlef est la 9e grande ville du pays de par sa population qui a largement dépassé le million d’habitants (après Alger, Oran, Tlemcen, Constantine, Annaba, Batna, Blida, Sétif).

Ce que l’on peut retenir aujourd’hui de Chlef, 37 ans après, c’est que la ville a connu durant cette dernière décennie un sursaut salutaire en matière de réalisation de logements, d’équipements collectifs et d’infrastructures à la faveur des programmes quinquennaux de l’Etat, qui s’avèrent d’une nécessité certaine pour la satisfaction des besoins des citoyens, mais sans pour autant qu’il y ait eu un impact soutenu pour la reconstruction de chlef, dite de 3e phase (sous-entendu le remplacement des baraques en dur) à l’instar des villes de Boumerdès et Aïn Témouchent. En effet, les séquelles du tremblement de terre sont toujours là, la majeure partie de la population sinistrée habite toujours dans les chalets préfabriqués que les chélifiens appellent les baraques.

De l’avis des sinistrés, l’aide financière de 120 millions de centimes accordée par l’Etat à partir de 2015 en deux tranches à chaque sinistré pour l’aider à construire son propre logement en dur demeure bien en deça de leurs moyens devant la cherté du coût de construction, vu que la quasi-totalité de la population sinistrée est composée aujourd’hui de la couche sociale à faible revenu, à savoir : retraités, salariés, chômeurs, démunis.

C’est certainement le problème majeur qu’éprouvent les sinistrés de chlef pour procéder au remplacement de leurs baraques en dur, et c’est l’une des raisons pour lesquelles ces derniers ont préféré aujourd’hui réhabiliter leurs logis en apportant notamment quelques aménagements à leurs baraques. Alors on aurait pu utiliser le coût total de cette aide financière dans le remplacement de près de 50% des baraques existantes et créer de nouvelles villes, notamment de grands centres urbains au lieu des sites de bidonvilles.

En effet, le nombre de chalets (baraques) s’établi à près de 19 000 unités répartis sur quatre sites d’habitation Nord-Sud et Est-Ouest. Ces quatre sites sinistrés sont situés à la périphérie de la ville. Inaugurés en 1982, les préfabriqués sont aujourd’hui à un stade d’usure avancé, ce qui, naturellement, était prévisible. Selon les experts, ces chalets ont une durée de vie qui ne doit pas dépasser 10 ans en général. Ce qui compromet ainsi le développement urbain et donne l’impression que l’on se trouve en zones rurales, malgré la réalisation de programmes de logements et d’équipements collectifs que l’Etat ne cesse de construire.

Ils constituent le premier embryon de la deuxième phase du programme d’urgence que l’Etat a engagé pour l’implantation aux quatre coins de la ville pour reloger les sinistrés provisoirement en attendant la reconstruction de Chlef prévue dans la troisième phase, qui a été oubliée.
Retraçons brièvement l’histoire de la cité : selon les écrits des historiens, la ville d’El Asnam, l’actuelle Chlef, évoque par son nom les racines de l’oued Chéliff, le grand fleuve d’Algérie long de 750 km. anciennement El Asnam, le site de l’ancienne Castellum Tiginitum à l’époque romaine avait la particularité de rassembler parmi les ruines de nombreuses sculptures sur pierres, d’où son appellation El Asnam, puis Orléansville à l’époque de la colonisation française.

Elle fut créée par décret du 31 décembre 1856 et Ferdinand Duboc est élu premier maire de la ville. Après l’indépendance, la ville reprend son nom d’origine El Asnam. La ville de Chlef, née de sa position géographique, est une région riche d’un patrimoine millénaire, notamment ses vestiges et la plus ancienne église d’Afrique inaugurée en 426 par Saint Réparatus qui traduisent le passage de plusieurs civilisations : romaine, islamique, ottomane et, bien sûr, française.

La wilaya de Chlef constitue un creuset patrimonial, culturel et historique qui a participé à l’enrichissement de la civilisation arabo-musulmane par l’apport d’érudits considérés comme les pères spirituels de la Révolution algérienne au niveau de la région de Chlef et du Dahra.

Ils faisaient partie de l’Association «Djemaâ Oulémas Algériens (Savants Musulmans Algériens)», entre autres Ibn Yekhlef, Cheikh Ibn Eddine Zerrouki, Ibn Abdeslam Abou Eshak El Tensi, cheikh El Boudali El Farissi, Cheikh Ahmed Ataba Ben Atba, le mufti Bouabdelli. La mosquée de la ville a reçu ses premiers fidèles en 1889, dont le projet de construction date de 1872. Chlef s’affirme donc comme une ville stratégique conquise et reconquise tout le long de son histoire qui remonte au début de l’occupation romaine en Afrique du Nord, connue alors sous le nom de Castellum Tigitum.

Les Romains la choisirent en s’installant dans la vallée du Chéliff au premier siècle de l’ère chrétienne. Chlef a été également le royaume de la grande dynastie berbère des Maghraoua, selon Ibn Khaldoun, avant les Turcs. Le XVe siècle verra l’arrivée des Ouled Kosseir, une tribu Djouad (noblesse militaire) dite d’origine koraïchite (des béni makhzoum) qui devient l’une des tribus les plus puissantes et les plus riches de la vallée du Cheliff.

La ligne ferroviaire a été inaugurée en 1870 ; les trains en provenance d’Alger et d’Oran y transitaient ; la ligne Chlef-Ténès est abandonnée aujourd’hui à son triste sort. Durant la Révolution armée de 1954, la région faisait partie de la wilaya IV et a contribué à la libération du pays sous le commandement du colonel Youcef Khatib, dit «Si Hassan», issu d’une famille révolutionnaire de Chlef.

La mémoire collective retiendra les noms des grands martyrs de la guerre de Libération nationale (1954-1962), qui ont marqué l’histoire du pays, entre autres le commandant Si Djilali Bounaama (le grand boulevard du centre-ville porte son nom), Hassiba Benbouali (le pôle universitaire de Chlef porte son nom), les sœurs bedj (le grand hôpital de Chlef porte leur nom), Khelif Benouali dit Si hadj M’hamed (l’hôpital de banlieue Chorfa porte son nom) et son adjoint dit Si Allal, Djouba M’hamed, Maâmar Sahli et Mikioui (torturés et guillotinés à la prison de Serkadji d’Alger), Khaldi Benali, Nasri, dit Nini, le chahid Klouche Ahmed (champion du monde junior de cross-country), Boumezrag Mohamed, l’enfant de Chlef est l’ancien footballeur professionnel et son nom est intimement lié à l’histoire de la glorieuse équipe du FLN dont il a mis en place une équipe de football en 1958, composée de joueurs évoluant en France et la liste est longue.

Sans oublier le club sportif de la ville (ASO) qui a milité pour la cause nationale et qui eut son lot de martyrs, entre autres Bebi, Dahmani, Choucha, Belkacemi Messaoud Messabih Maâmar, Nasri dit Nini, Klouche Ahmed, Ferdji, Boumansoura Hocine, Yahi M’hamed, rab Abdelkader et d’autres emprisonnés comme Berrah, Slimani, El Houari Belkacem…

Cette ville se place aujourd’hui dans un contexte régional avec quatre wilayas limitrophes et jouit d’une position dominante ; elle est située au centre du pays entre le nord-ouest et le sud-nord, à la limite entre le Centre et l’ouest du pays, à 200 km d’Alger. Chlef se prépare à devenir une future capitale régionale vu ses capacités agro-industrielles, touristiques et elle sera dans un proche avenir un véritable carrefour des activités commerciales, elle attire déjà les populations de toutes les wilayas limitrophes. Elle relie également  la capitale à la deuxième ville d’Algérie, Oran en l’occurrence.

La ville est traversée par l’oued Chéliff long de 750 km qui est abandonné à son triste sort. ses forêts urbaines sont un véritable poumon vert, elle s’ouvre au sud sur les Hauts-Plateaux et s’étale au pied des monts de l’Ouarsenis ; au nord, les monts du Dahra surplombent la ville de Chlef qui est située à une cinquantaine de kilomètres de la côte méditerranéenne qui s’étale sur plus de 120 km de littoral ; à l’ouest, les wilayas de Relizane et de Mostaganem peuvent être ralliées en peu de temps, à l’est se trouvent les wilayas de Aïn Defla et Tipasa.

La wilaya de Chlef pourrait devenir un pôle régional compte tenu de sa situation géographique, car elle est un grand carrefour de transit et d’échange, le commerce est en plein développement et elle regorge de ressources et potentialités, notamment agricoles : les plaines du Cheliff (Haut Chéliff, Moyen Cheliff et Bas Cheliff) qui constituent des périmètres à haut potentiel de production, touristique et une ville en pleine expansion industrielle composée essentiellement des industries du ciment, des plastiques et caoutchoucs, des céramiques, des mines et carrières, de productions de GPL (butane et propane), verre, marbre, lait et dérivés, concentré de tomate, jus de fruits, huile d’olive…

Chlef est aussi célèbre grâce à sa fête des oranges qui se tenait chaque année, car elle est connue pour être la ville des agrumes de bonne qualité, des blés d’or, vignobles, oliviers, apiculture, légumes, arboriculture dont des oranges de réputation mondiale pour ses agrumes de haute qualité et de plusieurs variétés qui s’exportaient vers l’étranger tels que l’orange, la mandarine, le pamplemousse…).

Il existe trois ports de pêche : à Ténès réputé pour sa sardine de haute qualité, deux autres à El Marsa et Beni Haoua, ainsi que deux stations de dessalement d’eau de mer à Ténès et Beni Haoua qui alimentent une grande partie des populations de la wilaya. En plus de ces potentialités, sa richesse touristique se justifie davantage compte tenu de l’existence d’un relief diversifié et de forêts de pins d’Alep et d’un aéroport international.

A Chlef, où il fait bon vivre malgré la chaleur qui parfois semble suffocante en été, on respire les arômes des fleurs d’orangers ; son ensemble architectural est celui d’une belle ville du pays avec ses «lumières et ses beautés». Elle offre une vue splendide sur l’axe routier Alger-Oran pour ceux qui l’ont connue avant le séisme 1980.

C’était la belle époque qu’offrait El Asnam, la merveille de l’ancienne ville, l’une des plus moderne villes de l’Algérie où l’ambiance était permanente à travers ses splendeurs d’une merveille architecturale et ses rues et boulevards carrelés et rayonnants qui étaient arrosés chaque soir au moyen de camions arroseurs qui nettoyaient complètement la ville, les espaces verts et les arbres décoraient toute la ville en harmonie avec les normes de l’urbanisme.

Ses salons de thé (La Rotonde et bel opéra), ses cinémas (Le club, L’Orléans et Gougeons), son musée archéologique, ses piscines semi-olympiques, son royal hammam Es Soltane, son grand complexe sportif et culturel (le CREPS) aujourd’hui Larbi Tébessi, son grand hôpital paramédical moderne, ses habitations avec balcons et terrasses fleuries, ses édifices publics (l’hôtel des Finances, la grande Poste, le lycée Essalem, la mairie, la cité administrative, la préfecture, la gare ferroviaire, le bâtiment des ponts et chaussées, les grands hôtels du Chélif, Beaudouin et le motel qui surplombe l’oued Cheliff…), ses vergers agrumicoles les plus importants après la Mitidja, ses sources et cascades, sa verdure, ses forêts urbaines, un véritable poumon vert, son superbe jardin public renferme une riche variété florale, la ville traversée par le rail Alger-Oran , son grand canal hydraulique qui traversait la ville, son marché couvert à étage. Chlef était aussi une ville propre, oui.

Les rues de la ville étaient nettoyées chaque soir à grande eau, les espaces verts et les arbres étaient bien entretenus (ficus, sapin, pin, eucalyptus) et décoraient toute la ville en harmonie avec les normes de l’urbanisme.

C’est aussi son grand complexe culturel et sportif du centre Albert Camus, aujourd’hui rebaptisé Larbi Tébessi, du nom du Alim assassiné en 1957, pensé et construit entre 1955 et 1960, ses équipements culturels, le théâtre et ses salles annexes maintiennent une activité où se retrouvent les jeunes et les artistes…

Il serait vain de parler de Chlef sans évoquer par ailleurs le devoir de mémoire dû aux grands hommes en reconnaissance à leurs sacrifices qui ont marqué l’histoire de la ville de chlef ou du pays par leurs œuvres ou leur talent qui nous ont quittés depuis ou qui viennent juste de nous quitter et qui ont joué un rôle très positif dans la société et l’Etat algérien, comme le mufti cheikh Bouabdelli, cheikh Boudali, dit El Farissi, cheikh Atba, cheikh Saïdi, Hadj Brahim Achit, cheikh El Medjadji qui ont mis leur savoir au service de la société et l’intérêt suprême du pays avant et pendant l’indépendance. Les Djabbour, Chorfa Belkacem, Benali, Aoufène, tous ex-maires qui ont œuvré avec compétence et intégrité et ayant accompli honorablement leurs mandats d’élus, faisant d’eux les militants d’honneur.

Les Boumezrag (l’enfant de Chlef, son nom est intimement lié à l’histoire de la glorieuse équipe du FLN), Slimani Ahmed, Benaouarane, Ouled Larbi, Hadj Brahim Senouci, El houari Belkacem, si Bouali Sayah, cheikh El Mokrani, Klouche Abdelkader, Sayah Menouar, Kouadri Bouali, Miloud Ali Hadji, le Dr Bensouna Abdelkader, cheikh Mahdi, cheikh Djazouli, Aït Saada Maamar, ont tous montré leurs capacités dans la formation de plusieurs générations et leur amour porté si haut pour leur ville, faisant d’eux des citoyens d’honneur.
 

M’hamed Abaci
 
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