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Management : comment rationaliser les décisions

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le 13.11.17 | 12h00 Réagissez


Tous les responsables ont un seul leitmotiv pour contrecarrer la crise. Il est le même et il semble y avoir un consensus sur cette démarche. Il s’agit de la fameuse déclaration ou intention de rationaliser les dépenses et les autres actions de l’Etat. On ne voit personne faire une objection quelconque et c’est normal !

Les chercheurs en sciences sociales considèrent que si personne ne remet en cause une idée c’est qu’elle est évidente et banale. Qui est contre la rationalisation des dépenses ? Personne ! Mais il y a deux questions qui se posent dans ce contexte. Comment arriver à rationaliser les dépenses et les actions de l’Etat ?

Si c’était simple, pourquoi ne l’a-t-on pas fait depuis plus de cinquante ans ? On n’a vu personne nous fournir la méthodologie ou les outils qui seront mis en œuvre, on a juste l’idée ou l’intention de rationaliser. Ce n’est pas suffisant. On peut aller loin dans le raisonnement. Est-ce une opération facile ou exige-t-elle une révolution dans les méthodes et les pratiques de nos institutions nationales qu’elles soient économiques ou à but non lucratif  ?

Les ex-pays socialistes ont très peu compris les raisons de leur retard économique, comparativement aux pays capitalistes développés. Pourtant ! Les travailleurs et les cadres travaillaient dans des entreprises qui, théoriquement, leur appartenaient. Les moyens de production étant publics, ils appartiennent à tous les citoyens de la nation. Ils ne sont pas la propriété des patrons privés qui leur extorqueraient les fruits de leur travail. Mais la productivité des facteurs était si faible que l’écart se creusait entre eux et leurs rivaux occidentaux. Ils ne s’en tiraient que par des statistiques tronquées. Mais la réalité a fini par les rattraper. On ne peut pas mentir indéfiniment en donnant des directives politiques aux instituts de statistiques. Ces pays-là parlaient allègrement de rationaliser les décisions au niveau des entreprises et des institutions non économiques. Mais ils n’y sont jamais parvenus. Pourquoi ? On essayera de donner quelques éclairages sur la question, bien qu’il soit impossible d’être exhaustif lorsqu’on évoque un thème aussi complexe.
La Grande leçon managériale

Pour comprendre pourquoi il est difficile de rationaliser sans une méthode, il faut d’abord se référer à un brillant chercheur et praticien français, Henri Fayol. Ingénieur de formation, il se voit propulsé à la tête d’une immense entreprise qu’il devait administrer. Après plusieurs tentatives de «rationaliser», il écrivit un immense ouvrage, Administration des entreprises, dans lequel il décrivait ses pensées, ses essais, ses frustrations et ses propositions. Il eut un éclair de génie. Il disait à peu près ceci : «Nous, les gestionnaires, sommes malheureux. Les ingénieurs ont des outils pour régler leurs problèmes. Si l’on demandait à un ingénieur de concevoir et de diriger la construction d’un pont, il va se référer à ce qu’il a appris à la faculté pour le faire. Idem pour un médecin. Face à un patient, il ne va pas inventer un schéma thérapeutique. Il va se référer à ce qu’il a appris à l’école de médecine. Mais nous managers, on nous donne des milliards de francs, des centaines de personnes, des stocks de matières premières sans nous doter de la moindre connaissance pour les gérer (à son époque le management n’existait pas comme discipline pointue).» Il n’a pas baissé les bras pour autant. Il a tout essayé pour contribuer à confectionner cette discipline ou science.

Et nous avons là un début de réflexion sérieuse sur la question. Nous avons besoin de méthodes et des sciences qui sont aujourd’hui au point. Il n’y a pas de doute qu’aujourd’hui nous avons tout ce qu’il faut en termes d’outils et de méthodes pour rationaliser les dépenses et les modes de fonctionnement de nos institutions. Mais lorsqu’on fait fi des acquis qui existent, on voit mal comment les efforts de rationalisation peuvent produire des résultats. Les ex-pays de l’Est ont cru que les administrations et les entreprises de réalisation pouvaient se gérer d’une manière centralisée et par des injonctions. Il suffisait que le système de planification soit concerté et flexible pour que les entreprises et les institutions rationalisent leurs opérations de production et de distribution. Ils avaient une piètre idée de la manière dont fonctionne une entreprise. Il ne peut pas y avoir de rationalisation, d’abord parce que le minimum des signaux de marché sur lesquels il fallait baser les décisions est absent. Le marché n’est pas la panacée, mais seulement un des instruments à intégrer dans le dispositif managérial.
Alors comment rationaliser ?

Fayol était frustré à son époque parce que les outils de rationalisation que nous connaissons maintenant n’existaient pas. La recherche opérationnelle, le management stratégique, la gestion des projets et autres sont nés il y a moins d’un siècle. Ils ont été inventés récemment, même si on trouve quelques idées éparses dans le passé lointain de l’humanité. Mais nous avons ces outils maintenant. Il y a plusieurs problèmes à intégrer ces méthodes et à les utiliser dans le mode de fonctionnement de nos institutions. Je citerais un seul et il est grave : «Ce sont les dispositions culturelles.» On croit qu’on peut faire sans ces outils.

Qu’il s’agit là de questions de simple bon sens, de bonnes intentions et d’abnégation. Bien sûr que les responsables s’en défendent. Ils considèrent qu’ils ont fait assez d’efforts et qu’à l’avenir ils feront plus pour être prêts à remporter la future bataille de la rationalisation. Ils auraient commencé à faire quelques séminaires et donné des directives pour améliorer les études de faisabilité et mieux auditer les différentes institutions pour les rendre plus aptes à rationaliser. Je donnerais un simple exemple qui montre que nous nous sommes culturellement isolés dans un mode de pensée qui réfute l’intégration des outils de rationalisation des choix économiques.

Dans le monde, les Etats, les entreprises et les universités dépensent des sommes énormes pour former les chefs de projets (ingénieurs plus deux ans de formation de management des projets) pour encadrer tous les chantiers à réaliser. Nous avons injecté, les vingt dernières années, plus de 8500 milliards de dollars dans l’économie sans qu’aucune université ou institut forme des managers de projets (que l’on confond avec les chefs de chantier). Aucune voix ne s’est élevée en Algérie contre une telle anomalie. Les implications d’une telle mauvaise décision sont mortelles : les déperditions de ressources vont dépasser allègrement les 50%. La décision de rationaliser n’est pas simple. Elle nécessite une véritable révolution dans les manières de faire les choses. C’est tout un management du changement qu’il faut initier. Nous développerons ces aspects ultérieurement : comment la mener. Il ne s’agit pas de critiquer. Il faut proposer des pistes de solutions. Nous allons nous atteler à la tâche. Mais la prochaine fois qu’on nous dit nous allons mieux rationaliser les dépenses ; dites- vous bien que c’est possible, mais extrêmement compliqué à faire ; et que nous sommes en train de tâtonner, pour savoir par quel bout commencer.


 

Abdelhak Lamiri
 
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