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Le nouveau modèle économique : aspects essentiels et conditions de réussite

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le 24.04.17 | 12h00 Réagissez


Ce qu’il est convenu d’appeler «le nouveau modèle économique» n’en finit pas d’être débattu, encensé, critiqué et disséqué. Ce qui est réjouissant. De la discussion jaillit la lumière. Beaucoup d’interrogations citoyennes -somme toute légitimes- tournent autour de la question, mais y a-t-il réellement un nouveau modèle économique, ou assistons-nous à faire pareil et à présenter autrement.
Nous n’allons pas débattre des aspects théoriques liés à la question.

Qu’est-ce qu’un modèle économique ? Quelle est la méthodologie de modélisation ? Comment le tester, etc., sont  des questions qui intéressent surtout les théoriciens de l’économie. Un modèle économique existe toujours dans les réalités quotidiennes d’un pays, même s’il n’a pas été explicitement conçu et dévoilé. C’est un peu comme M. Jourdain qui pratiquait de la prose sans le savoir. Le problème n’est pas l’existence ou l’inexistence d’un modèle, il y en a toujours un en opération, mais ce sont ses cohérences et ses résultats potentiels qu’il s’agit d’analyser et d’expliciter. Nous avons vu qu’il y a toujours un modèle en action, qu’on le veuille ou non. Il peut être performant ou chaotique. Il est rarement efficace s’il n’est pas conçu explicitement, débattu et finalisé d’une manière concertée. Le fait de concevoir, expliciter et présenter le schéma économique est déjà une avancée importante. On peut décortiquer et analyser son architecture sur la base d’un schéma proposé.

Alors nous avions donc d’une manière implicite ou explicite un modèle déjà en œuvre. Il n’a été remis en cause que lorsque les recettes pétrolières se sont effondrées. Il fallait concevoir une riposte en deux temps : la première consistait à réduire au maximum les effets induits immédiats du contre-choc des prix pétroliers. La seconde étape consistait à échafauder les grandes lignes d’une vision à long terme pour asseoir le développement économique. Il y a toujours dans ces situations des sceptiques professionnels et des optimistes invétérés. Souvent la réalité se trouve entre les deux.

Contenu du Nouveau Modèle Économique

Pour le moment, le nouveau modèle économique a le mérite d’exister. Depuis l’abandon de la planification centralisée, on n’a jamais eu l’ébauche d’une vision à long terme sur la trajectoire potentielle de l’économie nationale. Certes, nous avons eu le SNAT, qui devait avoir force de loi. Mais il ne s’est jamais imposé réellement comme un document de référence par le gouvernement, pour l’évolution des différents secteurs d’activités. Tout comme la presse et les analystes qui lui ont accordé peu de considération, nous n’allons pas le commenter parce que des différences très notables existent avec le nouveau modèle économique. Alors si on parle du nouveau, c’est qu’il y a eu un ancien. Et forcément il existait sur le terrain. Mais il reposait sur une abondance de ressources dérivées de la rente des hydrocarbures. L’environnement international a également complètement changé.

Un vent de protectionnisme souffle à travers toute la planète. On est loin de la doctrine du consensus de Washington, qui prônait l’ouverture tous azimuts et pour tous, même pour les pays les plus vulnérables. On a eu comme conséquence la crise asiatique de 1977, qui a failli ravager des économies de pays aux fondamentaux très solides comme la Corée du Sud, la Malaisie, la Thaïlande et l’Indonésie.  Le «modèle économique», qui était en vigueur jusqu’alors consistait à injecter massivement dans l’économie des ressources de la rente des hydrocarbures pour créer de la croissance et moderniser nos biens publics. Il consistait également à subventionner les produits de première nécessité et toute une panoplie de biens et services (santé, logements) au profit de larges couches de la population. Les importations eurent également la part belle dans cet ancien modèle. J’ai écrit de nombreuses fois pour expliquer ce qui avait induit en erreur nos experts qui avaient fourni des recommandations insensées à nos décideurs (l’influence de la théorie keynésienne, qui est connue par les experts, ne peut pas être valable dans les pays en voie de développement). Nous avons exagéré le financement des infrastructures au détriment de l’économie productive. Nous avions un secteur productif atrophié par rapport à la taille du pays et de la population. La faiblesse du secteur productif a été compensée, en grande partie, par les importations. Mais nous ne pouvons plus nous permettre de continuer avec ce modèle qui a duré plus de quinze ans.


Les Conditions de réussite du Nouveau

Le nouveau modèle économique a été maintes fois présenté et analysé. Sa principale caractéristique est d’orienter plus de ressources vers une économie productive diversifiée (agriculture, industrie, tourisme, services, etc.). Nous n’allons pas abreuver le lecteur de chiffres qui ont été déjà fournis, comme porter à 10% du PIB le secteur industriel, atteindre une croissance de 6,5% en fin de parcours et multiplier par 2,3 le PIB. Il est vrai que les priorités ont changé. Après la crise, on ne finance plus tous azimuts les infrastructures en espérant que l’économie va créer une dynamique pour booster l’output des secteurs productifs. En tous les cas, cela n’est pas arrivé, car les vulnérabilités se sont accrues sous l’égide de l’ancien modèle. Par ailleurs, le contrôle de l’importation fait partie des nouvelles préoccupations de l’Etat. L’idéal serait de les ramener au niveau des exportations sur le moyen et le long termes. Dès lors que l’on a opté pour un modèle de substitution à l’import dans un premier temps, il faut arriver à un équilibre de la balance courante. Dans un monde qui s’oriente vers plus de protectionnisme, la tâche serait facilitée pour les dirigeants.

Les grandes lignes des décisions retenues ont un sens. D’ailleurs, ceux qui tablaient sur un effondrement économique rapide ont tout de suite repéré les erreurs d’analyse. Ils ont postulé une continuation des politiques économiques du passé. Certes, le niveau des réserves et l’absence de dettes extérieures ont grandement facilité la tâche des décideurs. Mais ce sont surtout les décisions de réajustement de politiques qui ont produit ces résultats. La réduction de plus de moitié des dépenses d’équipement et la baisse progressive des importations ont créé une plus grande marge de manœuvre pour les décideurs. Mais le pari est loin d’être gagné. Nous avons insisté depuis plusieurs années déjà sur les conditions de réussite de n’importe quel modèle économique. La première concerne les qualifications humaines qui doivent être portées au niveau des standards internationaux. Nous avons besoin d’un plan Marshall dans cette direction. La seconde est l’amélioration managériale. Actuellement, pour ce qui est de l’aspect managérial, aussi bien dans les institutions publiques à but non lucratifs que dans les entreprises économiques, nous enregistrons toujours un retard considérable. Cela se traduit par une faiblesse de la productivité agricole et industrielle qui ne permet pas au pays d’être compétitif dans de nombreux secteurs. Une modernisation managériale réussie est une condition sine qua none de succès du nouveau modèle économique.



 

Abdelhak Lamiri
 
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