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L’investissement en «dé-bureaucratisation»

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le 12.03.18 | 12h00 Réagissez


Les citoyens de nombreux pays se plaignent du mode de fonctionnement de leurs institutions. Les fonctionnaires, payés par les taxes prélevées sur ces mêmes citoyens, s’érigent souvent en censeurs et en despotes vis-à-vis d’eux et leur mènent la vie dure, parfois en flagrante contradiction avec la réglementation officielle et les directives des pouvoirs politiques. Ceux-là même qui devraient être des facilitateurs, des aides et des conseillers des citoyens deviennent leur pire cauchemar.

Quelle est l’origine de cette situation ? Pourquoi des personnes qui sont là pour faciliter la vie à leurs compatriotes deviennent leur pire crainte ? Les spécialistes en management des institutions à but non lucratif y détectent plusieurs causes à ce phénomène. Il ne faut donc pas simplifier outre mesure les données réelles de la problématique. Beaucoup de mécanismes et de paramètres concourent à cette situation.

Les citoyens ont donc raison de citer à profusion les causes de cette situation qui prévaut surtout dans la plupart des pays en voie de développement, y compris le nôtre. Peut-être devrions-nous dire surtout dans notre pays ! On cite à juste titre l’absence de sensibilisation, de formation, le peu de motivation, le système de rémunération et le manque d’encouragement de la participation citoyenne à la recherche de solutions pérennes. Mais il y a d’autres causes plus difficiles à identifier. Tous les citoyens qui ont eu à approcher les administrations pour régler un problème de moyenne complexité (permis de construire, régularisation, délimitation d’un terrain) apprécient la différence entre les assurances des pouvoirs publics et la réalité du terrain. On ne peut que constater les nombreux obstacles dressés par la plupart des services pour compliquer les choses et devenir un frein aux activités économiques et sociales des citoyens.
Les dommages sont énormes

Cette situation peut paraître anodine et à la limite on peut juste espérer que les conséquences se limitent à faire perdre du temps aux citoyens qui finiront bien par résoudre leurs problèmes d’une manière ou d’une autre. Cependant, les séquelles sont beaucoup plus profondes sur de nombreuses facettes de la vie des nations. Les aboutissements de ces tracasseries ont des conséquences sociales, économiques et psychologiques terribles.

Il nous faut mobiliser nos laboratoires de recherches en sciences sociales pour pouvoir espérer appréhender une petite parcelle des effets induits. Mais c’est la macroéconomie tout entière d’un pays qui en souffre. L’investissement a toujours été le moteur le plus important et le plus instable de la croissance économique. Lorsque les activités économiques et sociales prises en otage par le système administratif se chiffrent en milliers de milliards, l’impact devient puissant. Il y a aussi un effet amplificateur.

L’efficacité administrative d’un pays est un atout de compétitivité internationale. Nos entreprises, déjà pénalisées par leur management interne, le sont davantage par des pratiques incompréhensibles à leurs yeux. En fait, les décideurs politiques sont souvent préoccupés par le phénomène. Pour la plupart des cas, ils ont donné des directives pour que le système fonctionne d’une manière appropriée. Ils minimisent l’ampleur du phénomène. Ils sont amenés par les responsables de cette situation à considérer que des cas marginaux se produisent mais en général le système, dans son ensemble, fonctionne adéquatement.

Ils sont influencés à réfléchir ainsi de par leur position (on n’admet pas qu’on faillit à ses responsabilités) et par l’ensemble des représentations de cette lourde bureaucratie tentaculaire. Alors, chacun s’enferme dans sa tour d’ivoire. L’administration nie qu’elle devient un problème pour les citoyens, les hauts décideurs minimisent l’ampleur du phénomène et les personnes concernées se plaignent constamment des blocages qu’ils constatent chaque jour.

Le système se bloque et l’économie fait du surplace. Alors que se passe-t-il par la suite ? On introduit quelques améliorations partielles dans des périmètres qui posent le moins de problèmes possibles (par exemple accélérer la délivrance des documents de l’état civil). On les cite comme des victoires. Et il faut célébrer les petites victoires, mais ne pas les laisser voiler les grandes préoccupations.
Pourtant les solutions existent !

Depuis de nombreuses années, les chercheurs en sciences sociales (anthropologie, psychologie, management, sociologie, etc.) se sont attaqués à ce phénomène.

Il fallait l’appréhender en profondeur, puis le désamorcer graduellement. Aujourd’hui, on sait techniquement comment venir à bout d’un tel problème. Dès lors que les hauts décideurs veulent une administration de classe mondiale, il faut surtout disposer d’une forte volonté politique et de mobiliser les moyens. Normalement, la problématique des moyens se pose très peu tout simplement parce que moderniser une administration serait le projet le plus rentable d’un pays. Imaginons qu’en dépensant 2 milliards de dollars en investissement initial et 200 millions chaque année, le pays récupère au moins 11 milliards de dollars chaque année.

Un citoyen non économiste voit tout de suite l’opportunité d’investir dans un vaste projet de dé-bureaucratisation. Alors, où est le problème ? Il est très simple à expliquer : les pouvoirs publics savent calculer tout de suite les investissements à consentir (les deux milliards de dollars) en plus du fait de remuer un mammouth endormi, ce qui n’est pas aisé. Mais on apprécie mal les retombées économiques et sociales.

Les chiffres donnés ne sont pas exagérés pour notre pays. Je pense même qu’ils sous-estiment les conséquences positives de l’opération. Par ailleurs, gérer un changement d’une telle ampleur n’est pas une mince affaire. Nous ne pouvons pas égaler les performances de l’administration de Singapour en quelques mois. Mais les expériences internationales et les nouvelles technologies permettent maintenant de faire des bonds en avant beaucoup plus rapidement que par le passé.

Lorsque les pays développés (Grande-Bretagne, USA) procédaient à la modernisation de leurs administrations en introduisant le fameux NPA (New Public Administration), il fallait deux à trois ans pour commencer à voir des améliorations dans des administrations déjà moyennement efficaces. Aujourd’hui, nous pouvons le faire beaucoup plus rapidement.

Les technologies hard et sociales ont beaucoup évolué ces dernières années et permettent de faire des rattrapages beaucoup plus rapidement. Il demeure que l’investissement en dé-bureaucratisation s’érige comme le projet le plus rentable pour toute nation plombée par son administration.

Abdelhak Lamiri
 
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